Béla Bartók / György Kurtág / Mark Andre Deux Images / Nouveaux Messages / ...auf...

[Musique]

« Les formes, je ne les vois pas, et je ne me souviens pas davantage d’elles. Mais je me sens en sécurité dans leur voisinage », écrit György Kurtág. Chacun des Nouveaux Messages, bref, précis jusque dans son agencement, ne brise pas l’œuvre en une vague succession d’états d’âme, mais reflète un monde disloqué, entre un genre et un état, une forme et un destin. Nous y éprouvons la concentration autant que ce qui est concentré, et quelque chose s’y serre, d’une solitude, d’une inquiétude. Depuis Béla Bartók en effet, qui composa les Deux Images peu après sa découverte de Debussy, la Hongrie mesure, avec force et ironie, le divorce de l’existence, du sens et des signes. En regard, Mark Andre opte pour une fragmentation radicale et donne à son triptyque pour orchestre – et électronique dans le troisième pan – le titre …auf… Cette préposition allemande dénote le seuil, la transition, qui affecte ici les sonorités friables, bruitées et si fermement construites par des algorithmes, les déflagrations instrumentales ou les corps subtils des bruissements électroniques. On retrouve auf dans Aufhebung, troisième mouvement, d’abolition et de conservation, de la dialectique, et surtout dans Auferstehung, la Résurrection, modèle premier, existentiel et métaphysique.