Frederic Rzewski Main Drag / The Lost Melody / De Profundis...

[Musique]

Rzewski est à la fois l’une des figures singulières de la musique américaine et un grand pianiste : ses célèbres variations sur une chanson politique de Sergio Ortega, The People United Will Never Be Defeated (1975), fusionnent l’énergie protestataire, la culture pianistique du XIXe siècle et un travail rythmique qui provient du jazz. Les composantes de son univers de compositeur sont parfaitement dessinées, les résultats toujours étonnants : la pulsation rythmique, fondamentale ; une harmonie qui traverse des zones variées (de la musique tonale jusqu’à Schoenberg) ; l’importance du facteur mélodique, une mélodie étant pour lui comme le « visage » que la musique tourne vers nous. Quand la voix intervient, c’est sur des textes inattendus : Mary’s Dream (1984) par exemple utilise la préface du Frankenstein de Mary Shelley, symbole, pour Rzewski, de la manière dont une idée se développe progressivement dans l’esprit d’un créateur. Un autre axe central est celui de l’improvisation. Dans Pocket Symphony (2000), panorama des différents univers stylistiques de Rzewski, qui va d’allusions aux musiques d’accompagnement du cinéma muet jusqu’aux déchaînements jazzistiques, les musiciens doivent à tour de rôle improviser une cadence – car il faut à Rzewski de l’imprévisible et du non fixé : « C’est justement la réalité confuse que nous voulons montrer : la flamme vive et incalculable qui consume le poids mort du passé. »