Jan Klata L’Affaire Danton

[Théâtre]

Le théâtre du metteur en scène polonais Jan Klata tire son énergie d'un cocktail décapant – où esthétique rock, relecture des classiques et traitement documentaire se mêlent pour dresser un examen critique de la société polonaise. Que ce soit dans ses adaptations décalées du répertoire – tel H comme Hamlet, qui présentait un bilan amer du mouvement Solidarnosc – ou dans ses pièces comme Le sourire du pamplemousse, le réel qu'il convoque noue un dialogue conflictuel avec son propre héritage culturel et historique.
C'est également sur le mode du mélange des genres et de la subversion des codes théâtraux que Jan Klata aborde Danton – pièce de l'écrivain Stanislawa Przybyszewska, déjà adaptée à l'écran par Andrzej Wajda. Comme un DJ opérant à coups de « samples et de scratchs mentaux », il transforme l'histoire de la révolution française en cabaret burlesque. Montée dans un décor de bidonville en carton-pâte, la lutte entre Danton et Robespierre ressemble plus à une guerre des gangs en perruque – où les tronçonneuses auraient remplacé les guillotines – qu'à un drame historique. Entre série Z, opéra rock et pièce de boulevard, L’Affaire Danton est une danse macabre où viennent se refléter les luttes de pouvoir qui traversent le monde contemporain ; une vanité grimaçante, qui nous murmure à l'oreille les mots de Heiner Müller : « la révolution est le masque de la mort, la mort est le masque de la révolution. »