Jan Klata Transfer !

[Théâtre]

Le théâtre du metteur en scène polonais Jan Klata tire son énergie d'un cocktail décapant – où esthétique rock, relecture des classiques et traitement documentaire se mêlent pour dresser un examen critique de la société polonaise. Que ce soit dans ses adaptations décalées du répertoire – tel H comme Hamlet, qui présentait un bilan amer du mouvement Solidarnosc – ou dans ses pièces comme Le Sourire du pamplemousse, le réel qu'il convoque noue un dialogue conflictuel avec son propre héritage culturel et historique.
« La scène se passe en Pologne, c'est-à-dire nulle part. » La phrase qui ouvre Ubu Roi de Jarry est à entendre au prisme de l'histoire polonaise du XXe siècle – pays plusieurs fois envahi, pris dans l'étau de la guerre entre l'Allemagne et l'URSS. Dans Transfer !, Jan Klata sonde ce no man's land à partir de deux points : Wroclaw, ville ayant subi un transfert intégral de sa population après les modifications des frontières allemandes et polonaises, et Yalta, où furent prises ces décisions.
Est-il événement plus théâtral que la rencontre entre Churchill, Roosevelt et Staline à Yalta ? Sur scène, pendant que les trois illustres histrions décident des destinées de l'Europe, un chœur, composé des derniers témoins réels de ces bouleversements, raconte l'envers du décor : le déracinement, l'absurdité, le destin croisé de deux peuples. De cette collision entre réalité documentaire et irrévérence naît un théâtre où les vérités de l'histoire cessent d'être évidentes.