Johannes Brahms / Wolfgang Rihm Ein deutsches Requiem / Das Lesen der Schrift

[Musique]

Entre une forme héritée de Beethoven et la « soif de richesse » qu’évoqua Nietzsche, Brahms modifia de l’intérieur l’ordre du discours musical, avant que Schoenberg en tire toutes les conséquences. Modelant ses thèmes, les transcendant, il en tira de nouveaux matériaux et des développements insoupçonnés sous le sceau de l’unité. Cette unité se teinte de Sehnsucht, d’une nostalgie, d’un climat de tristesse et d’évocation, d’une sourde douleur. Comme un gigantesque choral harmonisé, la charge émotionnelle du Requiem allemand, sa résignation presque laïque, du moins fort éloignée des exaltations mystiques, vibrante néanmoins, en serait atténuée. À quatre moments, Wolfgang Rihm y dispose des interpolations, qui constituent Das Lesen der Schrift. Sombres, lentes ou calmes, contemplatives, aux timbres volontiers graves ou en un tutti puissamment expressif, elles renforcent la substance et le caractère du Requiem, en altèrent la forme, en façonnent les silences, en aiguisent pas à pas la lamentation, tels des monochromes ou des toiles d’Anselm Kiefer dans un édifice gothique. Et bientôt, la métaphore du titre, Lire l’écriture, annonce une possible consolation.