Lieux de Musique IV

[Colloques]

Lors des trois premières éditions de « Lieux de Musique », nous avons interrogé, depuis l’ancienne chapelle des Récollets, cet enthousiasme qui conduit nos grandes métropoles à se doter d’équipements somptuaires – des philharmonies, des opéras – pour en faire des icônes architecturales dans la compétition qui se joue sur la scène mondialisée des équipements culturels.
2009, changement de cible et de lieu. Nous sommes à l’Opéra Bastille et nous nous intéressons aux lieux non dédiés : un hall de gare, un port, l’intérieur d’un pont, une usine désaffectée, un musée, une ruine, une colline, une rue… Pourquoi certains compositeurs s’obstinent-ils à faire de ces espaces des lieux de musique ?
De tels lieux jalonnent l’histoire du Festival d’Automne. En 1972, Iannis Xenakis installe son Polytope dans les Thermes de Cluny. En 1987, Luigi Nono désosse Chaillot pour y installer Prometeo. En 1992, Emmanuel Nunes obtient l’arrêt des combats de boxe pour créer son Quodlibet dans la salle Wagram. En 2003, Salvatore Sciarrino fait déambuler cent-cinquante saxophonistes dans le Musée d’Orsay… Mais comment ne pas évoquer Karlheinz Stockhausen sculptant la réverbération de la grotte de Jeita, près de Beyrouth, en 1969 ? Et comment ne pas questionner ces politiques publiques qui œuvrent à la conversion musicienne des friches industrielles, en Allemagne, par exemple, dans le cadre du programme Ruhr Capitale européenne de la culture 2010 ?
Des responsables d’institutions, des compositeurs, des musiciens interrogent ce désir de conquête des lieux en friche, loin de l’écoute idéale promue par les philharmonies. Comme si les créateurs cherchaient à sculpter cette insaisissable fugacité du son là où on ne les attend peut-être pas, dans des lieux imaginés par eux, bricolés par eux, appropriés.