William Kentridge Woyzeck On The Highveld

[Théâtre]

Woyzeck – texte inachevé de Georg Büchner – a inspiré de nombreux artistes, traversant les époques sans rien perdre de sa force critique. L'histoire de ce personnage acculé par la misère – qui devient le cobaye d'expériences scientifiques et finit par basculer dans la folie – constitue un matériau à réinterpréter sans cesse ; l'allégorie d'un homme détruit par la logique d'un système qui le dépasse.
Monument du théâtre de marionnettes – et première collaboration avec l'artiste-plasticien William Kentridge – la version créée en 1992 par la compagnie sud-africaine Handspring Puppet Company reste en 2009 d'une brûlante actualité. Woyzeck est ici un travailleur migrant, errant sur le plateau minier du Highveld, près de Johannesburg. Ce décor fantomatique, ses usines, ses bidonvilles surgissent dans le film d'animation de William Kentridge comme un paysage reflétant l'imaginaire tourmenté des marionnettes. En constante anamorphose, les formes au fusain font surgir des constellations de symboles, qui creusent dans l'imaginaire du récit.
Tantôt invisibles, tantôt si proches des silhouettes auxquelles ils prêtent vie qu'ils en paraissent leur ombre, les manipulateurs créent un ballet de gestes qui animent les têtes de bois d'une émotion poignante. Qui sont les marionnettes ? Qui manipule qui ? Les voix, la musique, les projections se répondent et nous renvoient l'écho des mots de Büchner : « Chaque homme est un abîme, on a le vertige quand on se penche dessus. »