Wolfgang Rihm ET LUX

[Musique]

Autour de Vigilia, commande du Festival d’Automne en 2006, tout un groupe d’œuvres religieuses s’est disposé dans l’œuvre de Rihm depuis une quinzaine d’années. Adolescent, le compositeur avait été fasciné par le cérémonial catholique et s’imprégnait de la pratique du chant choral – le Requiem allemand de Brahms devient une référence absolue, et il se serait damné pour le Martyr de Saint Sébastien… Il se dira ensuite « doué pour la mystique », mais surtout fasciné par tout ce qui relève du rituel : Rihm détachera toujours ses œuvres scéniques de la sphère purement théâtrale pour les rapprocher d’une action sacrée. Après quelques œuvres religieuses composées avant l’âge de vingt ans, dont un Requiescat d’après Oscar Wilde (1969), on trouve un premier Requiem avec l’oratorio Dies (1984), et, dix ans après, alors que peut-être « l’heure approche », selon l’exergue de la première vigile, des fragments d’un requiem sur des textes allemands (Nelly Sachs), une longue Passion d’après l’Évangile de Saint Luc, et un étrange Quid est Deus (2007), en écho aux psaumes stravinskiens, et qui culmine en un déchaînement de percussions. ET LUX doit au contraire intérioriser le texte liturgique du requiem : cérémonie intime où s’entrelacent le quatuor à cordes et les voix du Hilliard Ensemble, rompus aux exultations du Moyen Âge. Mais Wolfgang Rihm, depuis le concerto pour violon Gesungene Zeit (« temps chanté »), a transformé toute corde en corde vocale.