Nikolaï Kolyada Hamlet

[Théâtre]

On ne connaissait de Nikolaï Kolyada que son travail de dramaturge jusqu’à sa venue remarquée en France l’année dernière. Originaire du Kazakhstan, il débute sa formation à l’école de théâtre de Sverdlovsk – actuelle Ekaterinbourg – avant d’intégrer la troupe du théâtre de la ville ; puis il étudie la littérature à Moscou et intègre l’Union des Écrivains de l’URSS. Vingt ans et une centaine de pièces plus tard, le voilà devenu chef d’une troupe de trente comédiens qui lui sont dévoués corps et âme, installés dans une datcha-théâtre à Ekaterinbourg. Dans ce théâtre privé qu’il a construit sur ses deniers avec sa troupe, les représentations s’enchaînent, en respectant la tradition russe de jouer un théâtre de répertoire, du classique au plus contemporain. Alors pourquoi ne pas jouer Hamlet ? En relevant le pari de monter une pièce emblématique du théâtre occidental, Nikolaï Kolyada réalise un coup de maître. Il dissèque ce long drame shakespearien ou plutôt il le broie, le dépèce sans le moindre scrupule, et fait de cette pièce une « grande fête païenne », renouant dès lors avec le théâtre du Globe. S’il définit son théâtre comme pauvre, c’est uniquement par manque de moyens, car sur scène le décor – constitué de centaines d’objets (souvent kitsch) qu’il trouve sur les marchés ou dans les poubelles d’autres théâtres – s’entasse jusqu’à saturation de l’espace scénique. Sur ce plateau, l’esprit de troupe qui anime la Compagnie Kolyada semble une évidence : menés par l’éblouissant Oleg Yagodine, les comédiens déploient un esprit d’être ensemble d’une intensité magistrale.