Mani.Long pour ensemble/Kosmoi.Fragmente pour voix et ensemble

[Musique]

Compositeur italien né en 1960, Pierluigi Billone a été l’élève de Helmut Lachenmann à Stuttgart et vit actuellement à Vienne. Loin des figures obligées de la modernité, presque marginale, sa musique traverse de singuliers paysages, riches d’énergies suspendues ou libérées. Le corps de l’interprète, ses mains, sa peau ou sa bouche y participent. Le maître-mot serait néanmoins celui d’ouverture : ouvrir, donc, les registres, les timbres et les modes de jeu inouïs, l’ambitus des ensembles où dominent les percussions, mais aussi quelques instruments graves privilégiés – la clarinette basse, le basson ou le trombone. Les uns et les autres dilatent l’espace, au même titre que Mani. Long requiert une durée, un déploiement, un lent cheminement propre à nous immerger dans son univers, à l’instar d’un film d’Andreï Tarkovski – un mouvement d’évasement, en somme. L’écoute s’en trouve modifiée et nous incite à une autre et ample respiration. Comme le souligne Helmut Lachenmann, la beauté qui en émane est de la sorte rendue disponible « au risque, au sacrifice et à un certain bonheur ». Pour Billone, dans les œuvres avec voix, les mots sont seulement ce qui affleure à la surface, sur les ruines d’une origine déjà oubliée mais encore latente. Une archéologie du son, oscillant entre le caché et le manifeste, la présence et la trace atténuée, où chacune des vibrations traduit cette expérience et nous rapproche de l’émotion.