Nicolas Bouchaud La Loi du marcheur

[Théâtre]

La Loi du marcheur prend pour point de départ le film documentaire de 1992, de Pierre-André Boutang et Dominique Rabourdin dans lequel Serge Daney, 47 ans et malade du sida, s’y entretient longuement avec Régis Debray et retrace avec lui les étapes de sa vie avec et pour le cinéma : de son enfance dans le 11e arrondissement de Paris, dans un milieu modeste, à sa longue contribution aux Cahiers du Cinéma ; des voyages après mai 1968 à ses années de critique à Libération, où il acquiert une large reconnaissance publique.
Cet entretien-fleuve, Nicolas Bouchaud en a tout de suite vu le potentiel théâtral. Acteur unique de la pièce dans une mise en scène d’Éric Didry, il s’adresse au public de façon directe. Théâtral, le texte l’est parce que Daney est un conteur virtuose, s’exprimant de façon simple et percutante, avec un sens inné de la formule. Il l’est aussi parce que cette parole est adressée : à Régis Debray dans le film, elle l’est ici plus largement aux spectateurs, happés par un dialogue implicite avec le critique. Au fil des deux « passeurs » que sont Daney et Bouchaud, c’est notre place de spectateur qui est interrogée : quels spectateurs sommes-nous ? Comment recevons-nous les œuvres et comment en parlons-nous ?
Au-delà d’une simple « transposition » d’un texte au théâtre, la mise en scène rend hommage au rapport de fascination que le cinéma peut susciter dans l’enfance. Un seul film témoigne ici pour tout le cinéma : Rio Bravo d’Howard Hawks, film « ami d’enfance » que Nicolas Bouchaud et Serge Daney n’ont jamais perdu de vue. Le film projeté s’entremêle au jeu d’acteur, et donne lieu à des jeux multiples entre l’écran de cinéma et le plateau, inventant un « présent de théâtre pour sauver le cinéma »...