El Silencio / Romina Paula El tiempo todo entero

[Théâtre]

« Un travail sur le temps et sur le silence » : telle est la proposition de l’Argentine Romina Paula, qui en 2006 fonda à Buenos Aires la compagnie El Silencio.
Ce nom en dit long sur sa dernière création, El tiempo todo entero (Tout le temps tout entier) : un huis clos mettant aux prises quatre personnages qui sont autant de représentations de la douleur.
Le premier (Lorenzo, le frère) souhaite quitter le pays, la seconde (Antonia, la soeur) refuse de sortir de la maison, la troisième (Úrsula, la mère) voudrait que sa fille prenne son envol, le quatrième (Maximiliano, un ami) est peut-être l’occasion rêvée pour l’y pousser.
Comme dans La Ménagerie de verre de Tennessee Williams, dont El tiempo todo entero est très librement inspiré, on manque d’air dans ce salon baigné d’une lumière qui jamais ne s’éteint, où le temps semble ne pas passer. Rivée à l’écran de son ordinateur, Antonia a un goût développé pour les histoires macabres. Lorenzo préfère se réfugier dans des lectures qui le transportent au-delà des quatre murs de la maison familiale.
Leur mère va et vient, revient toujours. Les personnages se sentent à la fois d’ici et d’ailleurs. Il faut dire qu’Antonia et son frère sont nés au Mexique, où leur mère s’installa un temps. De l’histoire de l’Argentine, rien n’est explicitement dit, car l’écriture de Romina Paula ouvre des voies, suggère, ne laissant jamais la porte fermée à de multiples lectures. Mais on devine la blessure, en filigrane. Et la douleur jamais ne s’apaise. La clé de la pièce se trouve peut-être dans un autoportrait de Frida Kahlo, cette femme dont la vie et l’oeuvre hantent les personnages et qui se représenta, la poitrine transpercée, le coeur arraché, tombé à terre, se vidant de son sang. Car c’est bien cela que la pièce représente : un crève-coeur.