Tilda Swinton / Olivier Saillard The Impossible Wardrobe

[Arts Plastiques & performance]

 

Dans les réserves de Galliera, comme dans celles de tous les musées de mode, les vêtements par milliers attendent.
Sur des cintres, en rangs serrés ou délicatement échoués dans les tiroirs de rangement, des siècles de garde-robes silencieuses patientent. Souvenirs en forme de ceux qui les ont portés, ils sont délaissés par les gestes du quotidien. Sous la mousseline ou le crêpe, sous le motif peint ou imprimé, le corps s’est dissous. 
Il est impossible de porter à nouveau les costumes collectionnés par les musées. Les règles de conservation l’interdisent.
C’est une contrainte qui n’a pas pour seule vertu de préserver l’état des textiles tous fragiles. Elle met aussi à l’abri de toute tentation de déguisement car les corps ont changé de décennie en décennie, rendant obsolète et dérisoire le socle épidermique d’origine. 
Pour manipuler le vêtement endormi, le conservateur et le restaurateur font œuvre de préciosité. Leurs mains, gainées de gants de coton blanc, effleurent le tissu. Avec mille précautions, elles se saisissent d’une manche ou d’une bretelle selon un vocabulaire inusité et maniéré qui n’appartient qu’au monde secret des réserves.
À l’abri de la lumière pourtant, certains dessins tracés sur la fibre continuent de disparaître lentement. Sans l’attention et la vigilance des gardiens de la mode, les vêtements si convoités et malmenés disparaîtraient plus vite que l’engouement qui nous mène vers eux. 
Tilda Swinton a appris ces gestes qui font d’un vêtement ordinaire une relique. Elle en a inventé d’autres, chastes ou romanesques. À bout de bras, mais jamais portés, les vêtements de toutes époques qu’elle présente avec une science achevée de la retenue constituent un défilé troublant. Dans ses longs bras, les robes de clientes célèbres, belles endormies aux manches pétales soupirent à nouveau à la faveur d’un défilé de tous les siècles.