Ahn Sook-sun / Nam Sang-il / Cho Yong-Su Sugungga. Le Dit du palais sous les mers

[Rituel chamanique / Pansori]

Ceux qui ont assisté à une représentation de pansori n’oublient pas aisément son simple dispositif : un artiste – le plus souvent une femme –, vêtu traditionnellement, à la coréenne, arpentant une large natte qui lui sert de plateau, racontant une histoire ou la chantant d’une voix gutturale, mimant les expressions de ses personnages et dessinant, des mouvements de son éventail, ses paysages et ses horizons ; et un joueur de tambour, assis non loin, l’accompagnant, lui donnant le rythme et l’encourageant, par intervalles, de ses exclamations vocales.
Pansori : le mot, intraduisible, associe pan, en référence à la place des villages, et sori (bruit), désignant, de manière péjorative, la parole ou le chant de quelqu’un qui, dans la hiérarchie sociale, n’a pas droit au respect.
Le pansori naît au début du XVIIIe siècle, sinon à la fin du siècle précédent, dans les basses couches de la société – et dans la proximité des chamanes des provinces du Sud-Ouest. Cela explique sa truculence, ainsi que ses tons tour à tour moqueurs et sentimentaux. La Corée, peu avant cette époque, a connu deux invasions (japonaise en 1592, mandchoue en 1637), et sa classe dirigeante, des lettrés confucéens, conservateurs, s’efforce en vain d’éradiquer du petit peuple ses « superstitions ». Des douze pansoris répertoriés au milieu du XIXe siècle, cinq, recueillis ensuite, réécrits et embellis, se chantent encore et sont inscrits au patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’Unesco. L’un d’eux, Le Dit du palais sous les mers, met en scène des animaux. La satire sociale s’y laisse deviner : un Roi-Dragon, malade d’avoir trop bu et, pour guérir, est prêt à imposer à ses subordonnés n’importe quel sacrifice ; une Tortue, fonctionnaire loyal et dévoué ; un Lapin, qui ne survit qu’à travers les failles du système.
De ce pansori, Ahn Sook-sun, née à Namwon, dans la province du Jeolla du Nord, formée auprès des plus grands maîtres, et considérée comme l’une des interprètes exceptionnelles du genre, donne ici une version rare, à deux chanteurs (ipchechang), tantôt solistes, tantôt en duo, renforçant l’intensité du chant et la dimension ludique du récit ; ils sont accompagnés par le gosu, joueur de soribuk, tambour barrique réservé au pansori.