Romeo Castellucci Le Metope del Partenone

[Théâtre]

Selon Romeo Castellucci, les frises du Parthénon (Le Metope del Partenone) ne représentent rien d’autre que « des batailles pour la vie ». Pour composer ses propres « frises » scéniques, le metteur en scène italien se place à l’endroit où un effroyable accident, dont les causes sont inconnues, projette sa victime entre la vie et la mort. Seule la rapidité et l’efficacité des secours peuvent la faire revenir d’un côté ou basculer de l’autre. Six accidents devraient se succéder, qui formeraient six tableaux d’une ville, six états de la douleur, six frises possibles. La fiction de chaque accident, dont la victime est interprétée par un acteur, est contrecarrée par l’intervention sur les lieux du drame d’une authentique équipe médicale, chaque fois différente.
Les spectateurs, entrés comme tels au spectacle, sont alors projetés dans le voyeurisme de simples badauds, curieux de sang versé. Chacune des six « frises » devient « comme une scène d’urgence » où s’entrechoquent les siècles et les formes, entre ce que Romeo Castellucci considère comme le sommet artistique du siècle de Périclès, les frises du temple des temples, et la vulgarité d’une série télévisée américaine. Chaque accident est ponctué par la diffusion sur écran d’une série de « devinettes », comme des échos aux phrases énigmatiques de Go Down, Moses. Elles font osciller les spectateurs entre la sensation d’horreur vécue et l’exigence intellectuelle de décrypter ce qu’ils ne peuvent pas ne pas lire. Qui l’emporte alors de la réaction ou de la réflexion ?

Attention le texte et certaines scènes de ce spectacle peuvent heurter la sensibilité des plus jeunes.

Suite aux événements survenus le 13 novembre à Paris et à Saint-Denis, Romeo Castellucci a tenu à s'exprimer :
 
"Le Metope del Partenone a été créé en juin 2015 à Bâle, dans le cadre de la foire d’art contemporain d’Art Basel.
La forme du spectacle auquel vous allez assister est en tous points identique à celle de Bâle. Rien n’a changé. Ni les actions, ni le temps, ni le mode dramatique.
Comme là-bas, ici aussi, l’espace n’a pas de tribune.
Idéalement, c’est comme être dans la rue : on est debout, on marche, on forme des cercles spontanés autour des actions.
On voit des corps tomber, on lit des énigmes projetées sur le mur.
Maintenant, c’est moi qui parle, Romeo Castellucci ; je voudrais vous dire mon état d’esprit.
Le Metope del Partenone a le malheur de contenir des images identiques à ce que les Parisiens viennent de vivre il y a seulement quelques jours. Cette action a le malheur particulier d'être un miroir atroce de ce qui est arrivé dans les rues de cette ville. Images difficiles à supporter, obscènes dans leur exactitude inconsciente.
Je suis conscient que trop peu de temps a passé pour traiter cette masse énorme de douleur et que nos yeux sont toujours grands ouverts sur la lueur de la violence. Je suis conscient de cela et je vous demande pardon.
Mais je suis impuissant et ne peux rien faire face à l’irréparable que le théâtre représente.
Voilà, en ce moment il me semble plus humain d’être là. Être ici aujourd’hui signifie qu’il faut être présent et vivant, devant les morts".

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