tg STAN La Cerisaie

[Théâtre]

Depuis 111 ans, La Cerisaie aimante et fascine les artistes et amateurs de théâtre. La dernière pièce de Tchekhov est considérée par beaucoup comme la plus mystérieuse, la plus ambigüe. Dès le départ, l’intrigue est résolue : la cerisaie sera vendue.
Que se joue-t-il, alors, entre le retour au domaine de la propriétaire, Lioubov Andréïevna, et la sortie ?
Face à la perte de la propriété, les personnages semblent hésiter entre opportunisme, résignation et nostalgie. La Cerisaie décrit à la fois le déclin d’une aristocratie indolente et la victoire d’un capitalisme carnassier. Pour étendre le domaine de la valeur marchande, il dévore jusqu’aux cerisiers. Malgré un décor propice à la critique sociale ou à la mélancolie, Tchekhov assurait qu’il s’agissait d’une comédie. Il se fâcha même avec Stanislavski qui la tira du côté de la tragédie. Au-delà des registres, les tg Stan font de La Cerisaie une pièce pour aujourd’hui. La raison instrumentale y menace l’inutile et la beauté, le langage peine à combler le vide quand il n’est pas lui-même vidé. Comme à leur habitude, les acteurs belges ne cherchent pas à reconstituer le décor historique de la pièce, mais nous en proposent une vision collective, longuement infusée, qui nous est chaque soir directement adressée.
Quinze ans après avoir monté Platonov, ils s’entourent de cinq acteurs tout juste sortis d’écoles de théâtre, soulignant ainsi la vertigineuse bascule, entre deux époques, systèmes de valeurs et générations, qui opère dans La Cerisaie.