Aller au contenu
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies notamment pour réaliser des statistiques de visites afin d’optimiser la fonctionnalité du site.
Chargement du calendrier
L'ÉDITION 2017
ABONNEMENT & RÉSERVATION
  • En ligne Billetterie
  • Par téléphone 01 53 45 17 17
  • Par correspondance

    Festival d’Automne à Paris
    156 rue de Rivoli
    75001 Paris

Vous êtes sur la page d'un spectacle de l'édition 2016, retrouvez tous les spectacles de cette édition dans nos archives
Portrait Ramon Lazkano

OHIBERRITZE

Tradition et création au Pays Basque

Pastorale Jean Pitrau, Maurice Ravel, Ramon Lazkano, Chants/Danses souletines

Musique

    DATES ET LIEUX
    • Théâtre du Châtelet
      17 septembre

    En langue basque, ohi introduit l’idée d’un mouvement perpétuel, berritze implique une renaissance. Ohiberritze, c’est une renaissance permanente. Les pastorales des hautes vallées pyrénéennes de la Soule, enracinées là depuis des siècles, sont des représentations théâtrales en langue basque. C’est un rituel d’une beauté hiératique, né de la confrontation entre mondes divin, satanique et humain, rythmé par la frappe des makilas. Chaque année, un village se mobilise pour cette création ; en 2016, Tardets-Sorholus, au sud de la Soule. Cette pastorale raconte la vie de Jean Pitrau (1929-1975), figure charismatique du village et l’un des pères du syndicalisme agricole européen. Une heure d’extraits de Jean Pitrau Pastorala ouvre ce concert-spectacle en quatre parties.
    En deuxième partie, Maurice Ravel : le Trio Dali interprète ce Trio construit sur un rythme de zortziko, emblème d’une musique basque dont Ravel, enfant de Ciboure et bascophone par sa mère, s’inspira souvent.
    Suivent des extraits de l’opéra en cours d’écriture de Ramon Lazkano : Ravel (Scènes). Cet opéra repose sur le roman éponyme dans lequel « Jean Echenoz raconte, avec une grande économie de mots et en accélérant le temps, les dix dernières années de la vie de Maurice Ravel, la terrible progression de l’aphasie jusqu’à la perte de l’identité » (Ramon Lazkano).
    C’est un court récit écrit et dit par Titika Rekalt dans la langue souletine qui introduit la brève séquence finale des jeunes danseurs et des chanteuses. Tous ensemble, ces jeunes artistes réinventent ces gestes de toujours qui fabriquent la tradition vivante d’aujourd’hui, Ohiberritze.

    I Pastorale Jean Pitrau (extraits) du village de Tardets-Sorholus, 2016
    Pier-Paul Berzaitz, texte et musique
    Jean-Pierre Recalt, errejent/mise en scène
    Erramun Garcia-Zabalegi, costumes
    Avec la participation des habitants de Tardets-Sorholus

    II Maurice Ravel : Trio pour violon, violoncelle et piano
    Trio Dali

    III Ramon Lazkano : Ravel (Scènes)
    D’après le roman de Jean Echenoz, Ravel
    Création. Commande du Festival d’Automne à Paris et de Donostia/San Sebastián 2016-Capitale Européenne de la Culture
    Maïlys de Villoutreys, soprano
    Anders J. Dahlin, ténor
    Ensemble L’Instant Donné
    Tito Ceccherini
    , direction

    IV Dantzaren botzak (Les voix de la danse)
    Titika Rekalt, auteur et récitant
    Tehenta, ensemble vocal
    Johañe Etchebest et les danseurs Iban et Beñat Etchegoinberry, Ximun Bedecarratz, Ibai Capot Thornary, Luka Erbinartegaray, Jon Gamiochipi
    Gillen Gamiochipi,
    musicien

    Production Festival d’Automne à Paris // Coréalisation Théâtre du Châtelet ; Festival d’Automne à Paris // En collaboration avec l’Association Atharratze Jauregia de Tardets-Sorholus, avec Kursaal Eszena et Donostia/San Sebastián 2016-Capitale Européenne de la Culture // Avec le soutien de Mécénat Musical Société Générale, de la Fondation Ernst von Siemens pour la musique et de King’s Fountain // Avec le concours de la Sacem, de Voyages SNCFde l’Institut Etxepare de Saint-Sébastien et de Olaso Dorrea Fundazioa, de l’Institut culturel basque d’Ustaritz // Remerciements à Pierre Lasserre, Carmen Immobilier, Pierre Oteiza et Philippe Tillous-Borde
    Les parties II, III et IV seront présentées au Kursaal de Saint-Sébastien le 18 décembre à 19h.

    “L’âme basque, espace de tous les imaginaires”
    Le Festival d’Automne a de tout temps tracé des liens entre tradition et création. En réunissant sur une même scène des musiciens du Pays Basque, amateurs pour la plupart, des interprètes de renom pour la musique de Maurice Ravel et L’Instant Donné pour l’œuvre composée par Ramon Lazkano d’après le récit de Jean Echenoz, le Festival mène sa démarche plus loin encore : il s’agit d’entraîner le spectateur-auditeur au cœur d’une tradition musicale basque afin de reconnaître ensuite ses sources dans le Trio de Maurice Ravel, puis d’en déceler les prolongements dans une œuvre nouvelle de Ramon Lazkano, basque lui-même, dont le sujet est précisément Maurice Ravel.

    « Un Basque, un béret ; deux Basques, une partie de pelote ; trois Basques, une chorale ». Voilà pour le cliché. Pourtant, il est vrai que l’on chante beaucoup en Pays Basque. Ici, la musique est le ciment de la vie sociale. On chante en improvisant comme un bertsulari (faiseur de vers) ou en récitant de longues séquences comme un koblakari (chanteur de couplets), on chante en otxote (huit voix d’hommes) ou en chœur de toutes les façons possibles.
    Cette pratique au quotidien s’accompagne de jeu instrumental. On en fait remonter l’origine à cette flûte à trois trous des grottes d’Isturitz Oxocelhaya (paléolithique supérieur). Cette flûte se décline en txistu, en silbote, on en joue en s’accompagnant d’un tambourin ou, en Soule, en frappant sur les cordes tendues d’un ttun-ttun. Mais on joue aussi la gaita (ou dultzaina) navarraise héritée des pays du Maghreb, l’alboka biscayenne, on frappe l’atabal, embrasse le muxukitarra (guimbarde), cultive une expertise redoutée en accordéon diatonique.
    Bien des musicologues ont cherché à caractériser l’originalité de cette musique : les quarts de tons ? un timbre lié à cette langue à la mystérieuse origine ? ce rythme aksak, asymétrique, à cinq temps qu’on appelle zortziko ? Ravel en fit le thème de son Trio. Il en parle, d’ailleurs, dans une correspondance avec le Père Donostia au retour d’une excursion dans les montagnes de Soule, liant ainsi musique et paysages.

    Car les paysages du Pays Basque ont forgé un art et une culture à leur image.
    De part et d’autre des Pyrénées, la langue basque, euskara, unifie les sept provinces (trois au nord, quatre au sud) de ce « Zazpiak bat » (les sept font un). Comment les monts inquiétants, les cols infranchissables, les gaves, les gorges et les canyons de Soule n’auraient-ils pas façonné un dialogue avec les humains qui soit à leur mesure ? En témoignent les maisons aux toits asymétriques et les églises trinitaires, les barrages et les ponts, et la diaspora entreprenante, qui ne chante le départ que sur la promesse du retour. Ainsi se dessine une « âme basque », espace de tous les imaginaires, pétrie des formes sociales faites d’entraide, de solidarité et d’entêtement à faire vivre la vieille langue. C’est à ce prix sans doute qu’une culture peut prendre place durablement dans les âges des civilisations.
    Le symbole de cette mystique, c’est le makila, bâton gravé en bois de néflier qui inscrit le temps et la trace, et qui rythme aussi la pastorale dont on a dit que le contenu linguistique et littéraire fascine les euskalduns (locuteurs basques) ; elle dévoile une tension interne, une lutte entre la forme figée, ritualisée, partagée et forgée en commun, héritée du passé (le passé pour les Basques se situe devant et non pas derrière : aintzina signifie « devant » et « autrefois »), et des contenus aux sujets actuels, en phase avec la réalité sociologique, voire politique, immédiate. Ainsi, la pastorale passe d’une sorte d’extravagance folklorique à la beauté d’un acte engagé, où les gens se réunissent pour parler de leur histoire proche, celle qui les préoccupe, et dans une création éphémère, faire naître un art qui n’appartient qu’à eux.
    De ces formes de tradition basque à Maurice Ravel, un lien solide s’est construit. Sa mère lui a transmis la langue. Les chants, les paysages et la passion pour ce pays ont imprégné son œuvre. Le Trio en la mineur fut composé à Ciboure en 1914. Il est construit sur ce rythme de zortziko que Ravel utilise dans plusieurs de ses œuvres, mais jamais de façon littérale. Ce rythme à cinq temps (1 + 2 + 2) est ici travaillé à huit temps et il constitue le thème même de son premier mouvement. Ravel avait aussi le projet d’une œuvre qui porterait le titre Zazpiak bat, référence à l’unité des sept provinces du Pays Basque.
    En Soule (Xiberoa), la force de la création dans la perpétuation de la tradition se manifeste. Ici, chacun naît danseur. La troupe de danse est le lieu où l’on se mesure aux répertoires hérités de ceux qui nous ont précédés, le lieu d’un dépassement de soi mais où la création se fait collective, le lieu où chacun finit par revisiter les formes de la tradition pour la réinventer.

    L’œuvre de Ramon Lazkano, né en 1968 à Saint-Sébastien, fait l’objet d’un « Portrait » en trois étapes dans des formations diverses (soliste, quatuor et ensemble instrumental). Si les titres de ses œuvres sont en langue basque, ils témoignent de l’« incrustation » de la langue et de la culture basque, tout comme en témoignent ses hommages au sculpteur Jorge Oteiza ou au poète-chanteur Mikel Laboa. Ravel (Scènes), étape initiale de l’opéra Ravel, composé à partir du roman éponyme de Jean Echenoz, réunit deux chanteurs et quinze musiciens.

    D’après Denis Laborde

    Un jour de pastorale, au premier plan, le makila © Beñat Laborde
    OHIBERRITZE
    Un jour de pastorale, au premier plan, le makila © Beñat Laborde
    EN ÉCOUTE
    “Même si je reste seul” Duo chanté par Mathilde Baque et Johane Etchebarne. Paroles et musique de Pierre-Paul Berzaitz. Extraits de la Pastorale Jean Pitrau de Tardets-Sorholus “Même si je reste seul” Duo chanté par Mathilde Baque et Johane Etchebarne. Paroles et musique de Pierre-Paul Berzaitz. Extraits de la Pastorale Jean Pitrau de Tardets-Sorholus
    Partenaires