Robert Piéchaud Amerika

[Musique]

Est-ce parce qu’il a accompli une partie de sa formation musicale à New York que Robert Piéchaud nourrit un tel tropisme étatsunien ? En témoigne le nom du trio, Trans-Atlantismes, que ce compositeur largement autodidacte, auquel Claude Helffer, son professeur de piano, donna le goût tenace de la liberté, forme depuis 2011 avec Stan de Nussac et Jill McCoy. En témoigne surtout ce programme, Amerika, dont le sous-titre Monographie avec Charles Ives semble adresser un clin d’œil à celui d’une pièce du facétieux György Ligeti, autre admiration fondamentale de Piéchaud : Autoportrait avec Reich et Riley (et Chopin y est aussi). Robert Piéchaud a ainsi envisagé ce programme comme « un dialogue fécond » entre son propre univers, représenté par quatre œuvres pour des nomenclatures variées, et celui de ce compositeur que l’on considère souvent comme le père de la musique américaine. Il ne s’agit pas tant de mettre en exergue son talent pour la transcription, ni même les affinités électives qu’il entretient avec la musique de Charles Ives, que d’offrir une porte d’entrée dans un univers artistique d’une troublante richesse. Un univers dont l’une des clés pourrait être ce rapport à la nature que l’on retrouve chez tant d’artistes américains, dans les écrits de Henry David Thoreau aussi bien que dans les œuvres du « land-artist » Robert Smithson : une dimension humaniste, poétique et naturaliste, authentiquement « primitive » – pour reprendre le mot de Leonard Bernstein au sujet de Ives –, à laquelle les partitions de Robert Piéchaud semblent offrir une très juste traduction musicale. Voilà bien une musique à la fois extrêmement cultivée et puissamment organique, savante et élémentaire, comme en témoigne le magnifique quintette à vent The River – dans lequel la voix semble comme sourdre naturellement des timbres instrumentaux – aussi bien que les Études pour piano ; une musique sérieuse qui ne se départit jamais d’un goût très sûr pour le burlesque – Robert Piéchaud a souvent accompagné au piano les films de Buster Keaton, ce dont ses Wittgenstein Lieder veulent porter la trace – et qui est le fruit d’une sensibilité aussi exacerbée que singulière.