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    Festival d’Automne à Paris
    156 rue de Rivoli
    75001 Paris

Brian Ferneyhough

Unsichtbare Farben, Terrain, Umbrations

Musique

    DATES ET LIEUX
    • Radio France
      7 octobre

    Pour la première fois dans son œuvre, le compositeur Brian Ferneyhough a recours à un matériau issu d’une époque antérieure de l’histoire de la musique occidentale : les pièces pour violes de Christopher Tye (1505-1572), elles-mêmes fondées sur des mélodies médiévales.
    Né en 1943, anglais exilé outre-Atlantique, autodidacte et professeur de composition d’exception, Brian Ferneyhough a décrit son projet esthétique comme la « réintégration de la musique dans un cadre culturel plus large ». Au cœur de son écriture instrumentale, pourtant, demeurait jusqu’à présent un matériau personnel, quoique bien éloigné du dodécaphonisme ou spectralisme, qui pétrit ou tourmente des objets musicaux versatiles, tant leur notation est complexe.
    Umbrations rassemble le quatuor Arditti et l’ensemble Modern au long de divers mouvements tous écrits pour une instrumentation différente. Cette rencontre avec Christopher Tye, connu pour sa musique chorale et ses œuvres instrumentales de chambre, ne constitue pas un cycle comparable aux Carceri d’invenzione ou Time and motion studies ; elle forme plutôt un album, au sens mallarméen, spéculant sur les chants utilisés en une lecture presque cabalistique, interrogeant la résistance ou les imperfections d’un « corps étranger ».
    Préfiguration d’Umbrations par son utilisation fragmentaire d’une messe d’Ockeghem (XVe siècle), Unsichtbare Farben est avant tout un hommage au « brillant très particulier » du violoniste Irvine Arditti, confronté dans Terrain (référence au land-art de Robert Smithson) à la formation de l’Octandre de Varèse.
    Ces trois œuvres égrènent ainsi « une collection de modèles, difficilement coexistants », non comme une relecture ignorant la nature cinétique de l’Histoire, mais pour en magnifier la vision en perspective.

     

    Public aveugle et malvoyant : Concert naturellement accessible

    Brian Ferneyhough
    Unsichtbare Farben, pour violon ; Terrain, pour violon et ensemble ;
    Umbrations d’après Christopher Tye (c.1505-c.1572) : cycle constitué de In Nomine a 3, pour flûte piccolo, hautbois et clarinette ; Dum transisset I: Reliquary, Dum transisset II: Totentanz, pour quatuor à cordes ; Lawdes Deo, pour piano et percussion ; In Nomine, pour violoncelle solo ; O Lux, pour dix instruments ; Christus Resurgens, pour contrebasse et quatuor à cordes ; In Nomine à 5, pour ensemble ; Dum transisset III: Shadows, Dum transisset IV: Contrafacta, pour quatuor à cordes ; In Nomine à 12, pour ensemble
    (création en France – commande de Westdeutscher Rundfunk, Ensemble Modern, Festival d’Automne à Paris avec le concours de la Fondation Ernst von Siemens pour la musique, Huddersfield Contemporary Music Festival & Wien Modern)

    Irvine Arditti
    , violon solo
    Lucas Fels, violoncelle solo
    Quatuor Arditti
    Paul Cannon, contrebasse solo
    Ensemble Modern
    Brad Lubman
    , direction

    Coréalisation Radio France (Paris) ; Festival d’Automne à Paris // Avec le soutien de la Fondation Ernst von Siemens pour la musique // Avec le soutien de l’Adami // France Musique enregistre ce concert.

    Dès octobre 1984, le Quatuor Arditti est invité à jouer au Festival d’Automne des œuvres de Iannis Xenakis et de György Ligeti. Depuis, Irvine Arditti et les membres de son quatuor auront joué pour le Festival les œuvres de Luigi Nono, Helmut Lachenmann, Brian Ferneyhough à plusieurs reprises, mais aussi celles de Luciano Berio, Pascal Dusapin, Toshio Hosokawa, Brice Pauset, Emmanuel Nunes, Harrison Birtwistle et bien d’autres. Ce Portrait en trois concerts, qui pour la première fois n’est pas consacré à un compositeur, est çoncu dans des configurations différentes comme un bouquet d’œuvres nouvelles ; en témoignage de notre admiration et de notre reconnaissance pour l’engagement et le talent des quatre musiciens dont le répertoire raconte l’histoire de la musique d’aujourd’hui.

    Le Quatuor Arditti, véritable mythe de la musique de notre temps, a été fondé en 1974 par Irvine Arditti. Au fil de cinq décennies, dix musiciens se sont relayés auprès de lui aux différents pupitres, restant entre deux et vingt-cinq ans. Même si le répertoire contemporain du quatuor n’implique plus de hiérarchie musicale – « toutes les parties sont solistes » –, Irvine Arditti aura porté au fil des années une formation dont la liste vertigineuse de créations et d’enregistrements se lit comme une véritable encyclopédie : « Sans vouloir paraître arrogant, on peut dire que l’histoire de la musique contemporaine aurait été différente si le Quatuor Arditti n’avait pas existé ». Véritable trésor international vivant, ses archives ont été intégrées aux collections de la Fondation Paul Sacher, qui microfilme et classe déjà l’ensemble des documents (enregistrements, parties annotées… sont ainsi accessibles aux chercheurs), témoignant d’une aventure exceptionnelle.

    Irvine Arditti est « tombé » dans le contemporain alors que tous ses camarades étaient fous des Beatles. À l’âge de treize ans, il entend à Oxford un concert de l’Orchestre National, en tournée avec des œuvres d’Olivier Messiaen et de Iannis Xenakis. Il écoute les stations de radio allemandes et s’attache particulièrement aux œuvres de Karlheinz Stockhausen, « plus accessible » que Boulez, et il participe même à une exécution de Hymnen avec aux claviers Jonathan Harvey, qui écrira le premier quatuor destiné aux Arditti en 1977. À quinze ans, lorsque Irvine Arditti va pour la première fois à l’étranger, c’est pour assister au festival de Darmstadt. Ses professeurs de violon ne vont pas au-delà de Bartók ; quant à la composition, étudiée en parallèle, il l’abandonne vite, se sentant trop influencé par Ligeti, encore que l’une de ses pièces d’orchestre ait été créée à l’époque par son camarade Simon Rattle.

    Premier violon du London Symphony Orchestra, Irvine Arditti décide de quitter le monde de l’orchestre en 1980 et de transformer ce « hobby » qu’est le quatuor, pratiqué entre amis, en profession. Était-ce un risque ? « Non – j’ai toujours pensé que c’était mon destin de jouer la musique de mon temps ! N’aurais-je pas été envoyé sur cette planète pour le faire ? Je ne crois pas en Dieu, certes, mais je crois au Destin, à ce qui peut exister sans qu’il n’y ait personne pour le contrôler ». Le modèle du Quatuor La Salle l’inspire, et il tire son assurance d’un dialogue prolongé avec Iannis Xenakis. « Lorsque je lui ai dit que certains passages de Mikka étaient injouables à cause du tempo, il m’a regardé longuement, car il ne donnait jamais de réponses directes, et a fini par dire : “Vous allez trouver le moyen !”. À l’époque, je ne savais pas combien ces paroles étaient importantes, mais elles résument toute mon ambition ».

    L’aventure consiste à faire en sorte que les musiciens et les compositeurs apprennent les uns des autres – l’extension commune de la créativité et de la pratique instrumentale. « Le Quatuor Arditti n’a jamais pris de leçons de personne, sauf des compositeurs. Quand Kurtág vous parle de sa musique, ce qu’il en dit est important pour jouer toutes les musiques ». Hans Werner Henze, insatisfait de ce qu’il avait lui-même écrit dans une de ses partitions, finit par diriger, en silence, les musiciens dans le studio d’enregistrement. Ce qui stimule les Arditti, c’est la variété des mondes sonores, la sonorité sèche et non vibrée de Xenakis, les techniques bruitistes de Helmut Lachenmann, les différents types de vibrato dans une même œuvre, comme les exige Brian Ferneyhough.

    Krysztov Penderecki fut le premier compositeur à se déplacer pour préparer un concert avec le Quatuor Arditti, puis ce fut le tour de György Ligeti, dont les Arditti étaient à l’époque les seuls à jouer les deux quatuors. La fructueuse collaboration avec Ferneyhough enclenche alors un effet « boule de neige » – on écrit pour le quatuor, on le demande (Carter, Dutilleux…) : « Nous étions devenus des experts ». Le Quatuor Arditti vainc toutes les réticences. Après avoir longtemps hésité, Luigi Nono vient les entendre dans une répétition de Fragmente, Stille…an Diotima et n’a qu’un seul mot : « Bellissimo ! ». L’insistance têtue auprès de Stockhausen portera ses fruits, même si le résultat, Helikopter­streichquartett, s’avère, avec ses quatre hélicoptères, moins commode à interpréter en tournée que prévu…

    Le son des enregistrements discographiques des années 1980 traduit toute la générosité de cet engagement – parfois un peu al dente, mais toujours précis, la musique étant immédiatement là comme en 3D. « Un son frappant de précision et de virtuosité, avec une large palette de couleurs », dit l’altiste Ralf Ehlers, juste avant de rejoindre lui-même la formation.

    Maîtriser l’interprétation de centaines de styles – tout ce « polyglottisme » inspiré du Quatuor  Arditti – exige de saisir vite, de ne pas être avare de son temps, de préparer la partition à la table, parfois même d’apprendre par cœur. Comment se forge malgré tout un son commun ? « D’une façon subtile, inconsciente, chacun finit par influencer le son des autres », dit le violoniste Ashot Sarkissjan. Ce processus évolue en permanence, ajoute Ralf Ehlers, même si « le son d’Irvine reste le repère ». Et tous de vanter son énergie exubérante, sa chaleur, sa sagesse, un esprit ludique qui défie le temps.

    Martin Kaltenecker – Propos recueillis le 28 avril 2017 à Londres    


    Brian Ferneyhough © Dylan Collard
    Brian Ferneyhough
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