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    Festival d’Automne à Paris
    156 rue de Rivoli
    75001 Paris

Olga Neuwirth
Salvatore Sciarrino
Hilda Paredes
Iannis Xenakis

 

Musique

    DATES ET LIEUX
    • Théâtre des Bouffes du Nord
      16 octobre

    Quand le Quatuor Arditti accueille d’autres instruments, la formation peut investir des partitions dont la sophistication formelle élève les couleurs sonores en dramaturgies.
    Les clusters sont longtemps restés associés à la figuration du chaos ou la revendication du désordre. Quand, en 2009, Olga Neuwirth compose in the realms of the unreal, elle cherche dans l’accumulation de quarts de ton un débordement à la mémoire d’un artiste américain reclus et graphomane, Henry Darger, auteur d’un ouvrage de plus de quinze mille pages dont elle a tiré son titre.
    L’ouverture du quatuor à cordes aux sonorités extérieures prend une valeur dramatique particulière. Ainsi avec Cosa resta que Salvatore Sciarrino compose en 2016 pour quatuor et contre-ténor, énumérant l’inventaire des biens du peintre Andrea del Sarto ; « Ce qu’il reste » présente un décor d’éléments disparates (« un tissu avec un cadre en faux porphyre », « deux coussins en cuir doré, vieux »…), dont l’usure ou le style les met tous hors d’usage.
    L’œuvre d’Hilda Paredes Sortilegio s’organise autour des combinaisons de relations entre la harpe et le cymbalum, puis avec les possibilités offertes par les transformations électroniques. Si la dramaturgie dépend des procédés, ceux-ci peuvent aussi prêter à des opérations ouvertement architecturales, voire algébriques. Dans Tetras, Iannis Xenakis cherche la transformation continue des hauteurs par des glissandi sur des échelles adaptées à se déployer par variations des rythmes, des nuances et des modes d’attaque.

     

    Public aveugle et malvoyant : Concert naturellement accessible

    Olga Neuwirth
    in the realms of the unreal
    Salvatore Sciarrino
    Cosa resta, pour quatuor et contre-ténor
    (commande du Festival d’Automne à Paris, Musica Viva Munich et Milano Musica, avec le concours de la Fondation Ernst von Siemens pour la musique)
    Hilda Paredes
    Sortilegio, pour harpe, cymbalum et électronique* (création)
    Iannis Xenakis
    Tetras

    Quatuor Arditti
    Jake Arditti
    , contre-ténor
    Virginie Tarrete, harpe
    Laszlo Hudacsek, percussion
    Benjamin Miller, réalisation sonore,
    Experimentalstudio de la Radio SWR*

    Coréalisation C.I.C.T. Théâtre des Bouffes du Nord (Paris) ; Festival d’Automne à Paris // Avec le soutien de la Fondation Ernst von Siemens pour la musique // Avec le soutien de l’Adami
    France Musique enregistre ce concert.

    Dès octobre 1984, le Quatuor Arditti est invité à jouer au Festival d’Automne des œuvres de Iannis Xenakis et de György Ligeti. Depuis, Irvine Arditti et les membres de son quatuor auront joué pour le Festival les œuvres de Luigi Nono, Helmut Lachenmann, Brian Ferneyhough à plusieurs reprises, mais aussi celles de Luciano Berio, Pascal Dusapin, Toshio Hosokawa, Brice Pauset, Emmanuel Nunes, Harrison Birtwistle et bien d’autres. Ce Portrait en trois concerts, qui pour la première fois n’est pas consacré à un compositeur, est çoncu dans des configurations différentes comme un bouquet d’œuvres nouvelles ; en témoignage de notre admiration et de notre reconnaissance pour l’engagement et le talent des quatre musiciens dont le répertoire raconte l’histoire de la musique d’aujourd’hui.

    Le Quatuor Arditti, véritable mythe de la musique de notre temps, a été fondé en 1974 par Irvine Arditti. Au fil de cinq décennies, dix musiciens se sont relayés auprès de lui aux différents pupitres, restant entre deux et vingt-cinq ans. Même si le répertoire contemporain du quatuor n’implique plus de hiérarchie musicale – « toutes les parties sont solistes » –, Irvine Arditti aura porté au fil des années une formation dont la liste vertigineuse de créations et d’enregistrements se lit comme une véritable encyclopédie : « Sans vouloir paraître arrogant, on peut dire que l’histoire de la musique contemporaine aurait été différente si le Quatuor Arditti n’avait pas existé ». Véritable trésor international vivant, ses archives ont été intégrées aux collections de la Fondation Paul Sacher, qui microfilme et classe déjà l’ensemble des documents (enregistrements, parties annotées… sont ainsi accessibles aux chercheurs), témoignant d’une aventure exceptionnelle.

    Irvine Arditti est « tombé » dans le contemporain alors que tous ses camarades étaient fous des Beatles. À l’âge de treize ans, il entend à Oxford un concert de l’Orchestre National, en tournée avec des œuvres d’Olivier Messiaen et de Iannis Xenakis. Il écoute les stations de radio allemandes et s’attache particulièrement aux œuvres de Karlheinz Stockhausen, « plus accessible » que Boulez, et il participe même à une exécution de Hymnen avec aux claviers Jonathan Harvey, qui écrira le premier quatuor destiné aux Arditti en 1977. À quinze ans, lorsque Irvine Arditti va pour la première fois à l’étranger, c’est pour assister au festival de Darmstadt. Ses professeurs de violon ne vont pas au-delà de Bartók ; quant à la composition, étudiée en parallèle, il l’abandonne vite, se sentant trop influencé par Ligeti, encore que l’une de ses pièces d’orchestre ait été créée à l’époque par son camarade Simon Rattle.

    Premier violon du London Symphony Orchestra, Irvine Arditti décide de quitter le monde de l’orchestre en 1980 et de transformer ce « hobby » qu’est le quatuor, pratiqué entre amis, en profession. Était-ce un risque ? « Non – j’ai toujours pensé que c’était mon destin de jouer la musique de mon temps ! N’aurais-je pas été envoyé sur cette planète pour le faire ? Je ne crois pas en Dieu, certes, mais je crois au Destin, à ce qui peut exister sans qu’il n’y ait personne pour le contrôler ». Le modèle du Quatuor La Salle l’inspire, et il tire son assurance d’un dialogue prolongé avec Iannis Xenakis. « Lorsque je lui ai dit que certains passages de Mikka étaient injouables à cause du tempo, il m’a regardé longuement, car il ne donnait jamais de réponses directes, et a fini par dire : “Vous allez trouver le moyen !”. À l’époque, je ne savais pas combien ces paroles étaient importantes, mais elles résument toute mon ambition ».

    L’aventure consiste à faire en sorte que les musiciens et les compositeurs apprennent les uns des autres – l’extension commune de la créativité et de la pratique instrumentale. « Le Quatuor Arditti n’a jamais pris de leçons de personne, sauf des compositeurs. Quand Kurtág vous parle de sa musique, ce qu’il en dit est important pour jouer toutes les musiques ». Hans Werner Henze, insatisfait de ce qu’il avait lui-même écrit dans une de ses partitions, finit par diriger, en silence, les musiciens dans le studio d’enregistrement. Ce qui stimule les Arditti, c’est la variété des mondes sonores, la sonorité sèche et non vibrée de Xenakis, les techniques bruitistes de Helmut Lachenmann, les différents types de vibrato dans une même œuvre, comme les exige Brian Ferneyhough.

    Krysztov Penderecki fut le premier compositeur à se déplacer pour préparer un concert avec le Quatuor Arditti, puis ce fut le tour de György Ligeti, dont les Arditti étaient à l’époque les seuls à jouer les deux quatuors. La fructueuse collaboration avec Ferneyhough enclenche alors un effet « boule de neige » – on écrit pour le quatuor, on le demande (Carter, Dutilleux…) : « Nous étions devenus des experts ». Le Quatuor Arditti vainc toutes les réticences. Après avoir longtemps hésité, Luigi Nono vient les entendre dans une répétition de Fragmente, Stille…an Diotima et n’a qu’un seul mot : « Bellissimo ! ». L’insistance têtue auprès de Stockhausen portera ses fruits, même si le résultat, Helikopter­streichquartett, s’avère, avec ses quatre hélicoptères, moins commode à interpréter en tournée que prévu…

    Le son des enregistrements discographiques des années 1980 traduit toute la générosité de cet engagement – parfois un peu al dente, mais toujours précis, la musique étant immédiatement là comme en 3D. « Un son frappant de précision et de virtuosité, avec une large palette de couleurs », dit l’altiste Ralf Ehlers, juste avant de rejoindre lui-même la formation.

    Maîtriser l’interprétation de centaines de styles – tout ce « polyglottisme » inspiré du Quatuor  Arditti – exige de saisir vite, de ne pas être avare de son temps, de préparer la partition à la table, parfois même d’apprendre par cœur. Comment se forge malgré tout un son commun ? « D’une façon subtile, inconsciente, chacun finit par influencer le son des autres », dit le violoniste Ashot Sarkissjan. Ce processus évolue en permanence, ajoute Ralf Ehlers, même si « le son d’Irvine reste le repère ». Et tous de vanter son énergie exubérante, sa chaleur, sa sagesse, un esprit ludique qui défie le temps.

    Martin Kaltenecker – Propos recueillis le 28 avril 2017 à Londres