Wolfgang Rihm  / Carlo Gesualdo

[Musique]

Après les Vigilia programmés en 2006, l’œuvre sacrée de Wolfgang Rihm est à écouter avec, cette fois, un jeu de miroir sur des textes de la Passion. Les harmonies audacieuses de Carlo Gesualdo répondent aux grappes sonores et aux lignes serrantes du compositeur allemand.

Toute une série d’œuvres de Wolfgang Rihm prend comme objet la ligne instrumentale, affranchie de tout système, se déployant librement dans l’espace pour former, comme dans Dyade pour violon et contrebasse et Über Die Linie VI pour flûte alto, violon et violoncelle, des arabesques qui jamais ne se coagulent en une ferme polyphonie. Avec Fetzen IV – « lambeaux » pour alto et un accordéon qui sonne comme l’écho d’un quatuor absent –, ces œuvres qui toujours suspendent le temps narratif, ici déployées dans un lieu sacré, suscitent peut-être dans nos imaginaires quelques rimes avec les entrelacs gothiques.
Dans Tenebrae, le compositeur reprend les sept motets sur des textes latins de la Passion qui composaient ses Vigilia pour chœur à six voix, cette fois-ci confrontés aux Répons pour la Semaine Sainte de Carlo Gesualdo (publiés en 1611). On entend ainsi deux mises en musique de ces textes, destinés à être chantés avant la résurrection de la lumière pascale. Un étrange répons s’instaure entre les poussées de fièvre chromatique qui gagnent la musique du compositeur de la Renaissance et l’harmonie comme hors temps de Rihm, où les voix hésitent, s’interrompent, forment des grappes sonores lumineuses ou retrouvent la tonalité de manière oblique, puis se libèrent à nouveau pour cheminer le long de textes qui disent l’obscurité, le doute et la souffrance.