42 élèves de 6ème
1 groupe d’élèves en dispositif ULIS
1 musicien et 1 performeuse sonore

60 heures de pratique artistique
2 sorties culturelles
1 restitution publique

 

 

 

Juke Vox 2024

Pour la troisième année, des collégien·nes de la cité scolaire Claude Bernard (Paris 16e) ont suivi un parcours de pratique artistique autour de la musique et de la voix, aux côtés du percussionniste Maxime Echardour et de la chanteuse Violaine Lochu. Le projet Juke Vox a pour singularité de s’adresser aux élèves du dispositif ULIS (Unités localisées pour l’inclusion scolaire) puis à une classe de 6e, en valorisant les échanges et la circulation des idées entre elles et eux.

 

Pour imaginer ce nouveau cycle d’ateliers, les deux artistes ont notamment répondu à une requête formulée par Zélie Demouy, coordinatrice ULIS du collège, inspirée par le bilan de l’année précédente : des exercices de relaxation avaient particulièrement bien fonctionné auprès d’élèves parfois stressés et dissipés, permettant un relâchement physique propice à la concentration et au travail. C’est donc la piste de la méditation et du yoga qui a été empruntée pour choisir le thème de l’année, la notion d’intériorité, prise littéralement : « J’ai essayé de les placer dans des états de méditation et de leur faire visualiser leurs organes, leur texture, leur couleur, leur son, explique Violaine Lochu. C’est également une manière pour eux de réinvestir leur corps, dont ils ont souvent – avec les cours de SVT – une représentation purement anatomique. Je leur ai proposé des exercices d’apaisement et de réappropriation de l’imaginaire du corps, qui n’est pas une machine au service de la tête. Le chant le démontre parfaitement : une émotion est reliée à une façon de penser son corps, ses organes, une résonance. »

 

 

Dans la première partie de l’année, dévolue au seul groupe ULIS, la proposition a notamment consisté à imaginer le son de chaque organe : les poumons, le cœur, le cerveau, etc. Pour cela, Violaine Lochu travaille sur l’écoute et s’inspire des techniques de l’extended vocal, qui mobilisent différemment la voix. Pour l’estomac, une partie des élèves reproduisait ainsi le son d’une marmite bouillonnante, tandis que l’autre s’inspirait des bruits de gargouillements liés à la faim. Pour le son du cerveau, chacun·e devait raconter – en chuchotant – ce qu’elle et il avait à faire dans la journée, créant un nuage de mots et pensées saturant l’espace. Ce travail de création a ensuite été transmis aux élèves de 6e 2, par le biais d’un montage sonore que les deux groupes ont écouté ensemble. Une élève inscrite dans le dispositif ULIS, et dont la classe de rattachement est cette 6e, a pris le relais, mobilisant une excellente mémoire pour expliquer et transmettre les recherches de ses camarades. Elles sont une base de travail précieuse pour la deuxième moitié de l’année, où Maxime Echardour propose aux élèves de concevoir des petites compositions : « Je voulais partir de leurs envies. En résonnance avec les sons du corps, ils et elles ont fait des propositions musicales très différentes. Je les ai aidés à les bonifier, en leur donnant des retours et des pistes de travail. Je leur ai par exemple appris ce qu’était un glissando, qui permet un engagement collectif plus nuancé. Je peux ainsi apporter quelque chose qui va permettre à l’élève de mettre en forme son idée. » Pour cela, ils et elles ont à leur disposition une collection de percussions qu’une séance entière leur a permis d’explorer librement et qui est une source d’inspiration en elle-même. 

 

Violaine Lochu et Maxime Echardour ont – cette année – beaucoup travaillé en parallèle, parfois en demi-groupes, leurs séances respectives se renseignant mutuellement. Un suivi scrupuleux et un partage régulier des avancées, par des notes et captations vidéo, ont permis un rebond des idées et la bonne fluidité du projet. Mais en ce 19 juin, les deux artistes sont réunis pour un dernier temps de travail avec la classe de 6e 2 avant une restitution prévue à la fin du mois. L’objectif est aujourd’hui d’élaborer une œuvre commune, tissant les fils conducteurs de l’année : les propositions vocales, musicales et corporelles. Le percussionniste propose d’abord aux élèves de réécouter et revoir les compositions musicales élaborées lors des séances précédentes, pour se les remémorer et les transmettre à Violaine Lochu, qui les enrichira de différentes propositions.  

 

 

Un premier groupe se rassemble autour de l’ordinateur portable pour regarder la vidéo d’une composition imaginée par Youssef avec et pour ses camarades, une courte pièce mélodieuse et percussive que les élèves répètent après avoir retrouvé leurs instruments respectifs. À mesure que la mémoire leur revient, Maxime Echardour les conseille sur la meilleure façon de rendre justice à leurs idées : « Il faut que ce que vous fassiez soit un peu fou ». Violaine Lochu intervient pour une légère mise en espace de cette pièce, en leur proposant de se placer en demi-cercle face à Youssef. On passe à la captation d’une autre composition, que son auteur n’a pas souhaité signer et qu’on appelle donc « composition anonyme » : les élèves y chantent deux vers directement inspirés par le thème de l’année : « Notre cœur bat tous en chœur / Tous en chœur, battons nos cœurs », répétés quatre fois, tandis qu’ils et elles s’accompagnent de percussions corporelles et de différents sons vocaux, avant de reprendre la mélodie en sifflant. Violaine Lochu suggère d’alterner les phrases plutôt que les aligner chacune quatre fois de suite. On teste, on répète, on tâtonne, c’est une séance de travail dynamique.

Une autre idée émerge : pourquoi ne pas faire se répondre deux groupes, chacun prenant en charge une phrase, à la façon d’une battle, pour que le chant gagne en puissance et en énergie ? Pour traduire physiquement cette nouvelle organisation, la chanteuse propose une mise en espace : les deux groupes vont se faire face. On précise aussi les rôles : certains vont se concentrer sur la percussion corporelle, d’autres sur le chant. Cela permettra à l’ensemble d’être plus clair et précis. Les deux artistes multiplient ainsi les idées et les essais pour mettre en valeur les compositions imaginées par les élèves, qui se prêtent au jeu en variant les placements et propositions au fil des répétitions. La chanteuse trouve les mots pour engager les élèves dans une joute vocale : « J’aimerais vraiment que ce soit le PSG dans la classe ! ». Petit à petit, une version XL de la « composition anonyme » prend forme, qui engage maintenant l’ensemble des élèves. De son côté, Maxime Echardour filme une dernière répétition pour garder la trace du travail accompli et lui être fidèle lors de la restitution. 

 

La fin de la séance est consacrée à une troisième composition, que l’on fait évoluer selon le même processus. Elle est articulée autour de sept mots – cœur, foie, poumon, cerveau, trachée, intestin, estomac – associés à sept sons. Violaine Lochu suggère que chaque mot soit introduit par un long glissando vocal de la petite chorale. On teste également d’autres améliorations, comme l’introduction de signes associés à chaque mot. Là encore, la forme a évolué mais en fidélité à la composition de départ. Elle s’inscrira dans la restitution que les élèves proposeront quelques jours plus tard lors de la fête du collège, devant leurs camarades et les équipes du collège.