Immersion artistique 2024/2025 I Samuel Achache et Making Waves

En 2025, la déclinaison des immersions artistiques que le Festival d’Automne organise chaque année dans plusieurs lycées d’Île-de-France, a eu un goût d’inédit. Habituellement, une troupe investit les lieux pour une semaine entière de représentations et d’ateliers à destination de nombreux groupes. Avec la complicité de l’organisation Making Waves, du metteur en scène Samuel Achache et des équipes du lycée Montesquieu d’Herblay, l’exercice a pris une forme différente cette année.

 

Durant trois jours, du 1er au 3 avril, il a réuni une petite trentaine d’élèves – issus de classes de première et terminale, spécialité théâtre – pour 18 heures d’atelier et un projet singulier et ambitieux : un atelier de création radiophonique et d’écriture musicale, sur un thème imaginé par les élèves, « la première fois ». Soit une série de textes qu’ils et elles ont choisis ou écrits et vont mettre en voix et en musique sous la houlette du comédien Antoine Berry-Roger et des musicien·nes Olivier Laisney, Maëlle Desbrosses et Samuel Achache. 

 

 

Au matin du premier jour, les élèves sont installés en cercle dans une salle du lycée pour une première lecture des textes, où l’on questionne déjà leur mise en forme. Certains sont empruntés à Alfred de Musset ou Olivia Rosenthal, d’autres ont été écrits en amont par les élèves et embrassent autant de formats et sujets qu’il y a de personnalités dans le groupe, avec générosité et sincérité. Des élèves ont misé sur la fantaisie, d’autres sont allés puiser dans des expériences et souvenirs personnels, parfois difficiles. Mais certains textes n’existent pas encore tout à fait ou peinent à se préciser. Au bout d’une heure, deux groupes se répartissent donc dans deux salles : celles et ceux dont le texte est abouti vont travailler sa mise en voix et la création musicale avec les musicien·nes, tandis que les autres vont peaufiner l’écriture aux côtés du comédien, avec l’appui de Juliette Azaïs, chargée des actions artistiques au Festival d’Automne. Les groupes ne sont pas figés et – au fil des deux premières journées de travail – les allers et retours sont nombreux entre les deux salles, dans une ambiance à la fois joyeuse et studieuse. 

 

L’atelier d’écriture permet à la fois de structurer ses idées et d’expérimenter le rythme du texte. Ainsi deux élèves vont s’inspirer de leur propre blocage pour camper un écrivain victime du syndrome de la page blanche, l’imaginant en dialogue avec sa voix intérieure. Les idées fusent, les répliques s’assemblent à mesure que l’enthousiasme des lycéen·nes pour leur propre travail s’affirme. Du côté de l’atelier musique, on s’active sur plusieurs fronts : on cherche le meilleur accompagnement possible pour chaque texte, en fonction de sa forme et de son récit. « Est-ce que c’est un texte joyeux ou mélancolique ? » En fonction des questions de Samuel Achache, on privilégie le violon, la trompette ou le piano pour tisser des ambiances et des mélodies, à mesure que fusent les propositions. C’est une création de l’instant, où on teste beaucoup de choses, comme la formation d’un chœur qui appuie l’un des récits. On essaie aussi de dégager un fil conducteur entre les textes, à la fois thématique et sonore.  

 

Le troisième et dernier jour réunit le groupe entier pour travailler à l’assemblage d’un objet final réunissant tous les textes ainsi mis en voix et en son. Mais ce ne sera pas un podcast comme espéré. Tout le monde s’est pris au jeu, les textes sont nombreux, les idées musicales foisonnantes et il faut se rendre à l’évidence : le temps va manquer pour enregistrer et mixer un objet radiophonique. C’est à une représentation générale d’une heure que les élèves et les musicien·nes travaillent finalement. Une fois assimilée la pression induite par l’exercice, on avance à bon train pour délivrer, en fin d’après-midi, une performance devant une classe de terminale, option théâtre, des professeur·es et une partie de l’équipe administrative. Dits ou scandés, en solo ou en duo, les textes sont mis en valeur par la musique, jusque dans leurs silences. En une chorégraphie fluide, les élèves se passent le micro, se reconfigurent en chœur à l’occasion, jouent d’un instrument pour certains. Samuel Achache a une double casquette de musicien et chef d’orchestre tandis qu’Antoine Berry-Roger fait face au groupe, donne la réplique ou rappelle l’ordre de passage si besoin.

La belle ambition de créer un podcast n’a été contrariée que par la générosité, les idées et l’enthousiasme des élèves. La transformation du projet en une représentation personnelle, où l’expression de soi et la joie du collectif coexistent, n’a en rien altéré leur appétence à découvrir comment se construit un travail musical autour d’un texte, tout en rendant justice à la densité de ce qu’ils et elles ont accompli en trois jours.