Ornette Coleman Prime Time

[Musique]

On s'étonne qu'Ornette Coleman ait traversé son temps avec tant de fracas et une si forte discrétion à la fois. Sous sa réserve aimable, il a déclenché comme involontairement, mais avec beaucoup d'obstination, les plus formidables tempêtes.
Texan au son tendu, car c'est ainsi que jouent les saxophonistes texans, bizarrement pouvu d'un alto en matière plastique blanche -acoustiquement incolore et comme morte, traversée seulement par la pureté du son- c'est des studios de la West Coast qu'il est allé lancer les premiers cris de ce jazz qu'un de ses titres devait splendidement nommer "libre" (Free jazz). Après avoir chamboulé les conceptions modernes de l'harmonie et de la mélodie, après avoir composé les concerts les plus déconcertants, après avoir disparu, il est revenu un jour entouré de basses et guitares électriques, de percussions et d'amplis, avec ce goût de mélange qui n'a pas manqué de dérouter (free et funk ?). On ne se doutait pas alors que cela deviendrait, sans lui, à la mode.
Omette Coleman, qui n'est pas un homme de mode, a repris le maquis. Les amateurs et les musiciens n'ont jamais douté du travail de son invention et de sa passion de liberté. Ils savent qu'ils peuvent en attendre encore l'expression la plus inattendue.


Francis Marmande