Heinz Holliger / György Kurtág Concerto pour violon et orchestre / Songs of Despair and Sorrow...

[Musique]

György Kurtág et ses chants de désespoir et de peine. Sous ce titre, un cahier de poèmes de six grands poètes russes : exclus du régime impérial comme le romantique Lermontov; déçus de la révolution bolchévique comme Blok et Essenine - qui se suicida en 1925, l'année de "Soirée bleue"; victimes du stalinisme comme Akhmatova, Tsvetaïeva. Le timbre plaintif de l'accordéon russe teinte de spleen l'orchestration de ces chants. Les voix ont la résonance rugueuse et profonde des choeurs populaires russes.
Stèle : autre oeuvre de deuil. Ces treize minutes de musique sont dédiées à la mémoire d'Andras Mihaly, compositeur, chef d'orchestre, pédagogue, ami de Kurtág (qui lui avait déjà dédié plusieurs opus). Pour la première fois, le musicien hongrois, connu pour son goût de l'aphorisme musical, affronte l'écriture pour grand orchestre. Parcourue d'influx beethovéniens et de réminiscences brucknériennes, cette grande forme est une formidable manifestation de vitalité créatrice.

Heinz Holliger et un concerto pour violon qui pousse le soliste dans ses derniers retranchements. Mais en sous-titre, "Hommage à Louis Soutter", peintre suisse que l'on enferma dans un asile de vieillards à cinquante-deux ans. La virtuosité, d'ailleurs totalement absente de chefs-d'oeuvre aussi essentiels que Scardanelli-Zyklus, sonne ici comme une mise en péril des énergies. Les pères spirituels du compositeur ne sont-ils pas Schumann, Beckett, Holderlin, Walser, tous chantres du désarroi intérieur ? Violoniste lui-même avant de s'être mis à fixer sur le papier ses hachures hantées d'ombres, ses silhouettes peintes au doigt, Soutter fut l'élève d'Ysaye. Holliger, dans ce concerto, ne l'oublie pas.