Jean Barraqué …Au-delà du hasard. Le Temps restitué. La mort de Virgile

[Musique]

«L’un des musiciens les plus géniaux et les plus méconnus de la génération actuelle.» Ces mots de Michel Foucault sur Jean Barraqué disent l’intensité de leur relation, au milieu des années cinquante. L’étude partagée de Beethoven, de Debussy et du sérialisme, mais aussi de Nietzsche, se mêla aux discours sur le rêve, indissociable de l’ivresse et de la déraison. À l’initiative de Foucault, Barraqué découvrit en 1955 La Mort de Virgile de Hermann Broch et l’admirable commentaire qu’en donna la même année Maurice Blanchot : l’auteur de L’Énéide, à l’article de la mort, contemple les rochers et les marées, et s’interroge sur la destruction de son œuvre dont il mesure la vanité. Samedi 24 mars 1956, dans le mouvement même de la rupture avec Foucault, Barraqué rédige et date, sur deux pages en vis-à-vis, un plan général pour un vaste cycle auquel il pense vouer le restant de sa vie et auquel il œuvra effectivement jusqu’à sa mort brutale en 1973. Du deuxième livre du roman de Broch, Le Feu – La Descente, naquirent ainsi les austères et somptueux Temps restitué et …Au-delà du hasard. Barraqué y puisa la plupart de ses thèmes : la révolte, l’amitié, la soumission, la solitude, le désespoir rigoureux, l’odeur délétère, les maléfices et les nostalgies… L’acuité de son art et la violence raisonnée de sa pensée éveillèrent la fierté de sa quête et firent de sa vie un drame absolu, exhalant avec grandiloquence sublime et tragique. Car Barraqué recherchait incessamment un commentaire de soi-même, un éclairage de la vie, une ascèse, une éthique et une esthétique de l’existence : « Je crois que la musique… enfin je vais employer un terme très âpre : empêche d’être un salaud. »