Anton Webern / Alban Berg / Olivier Knussen / Henri Dutilleux Six pièces pour grand orchestre / Altenberg Lieder...

[Musique]

C’est à un concert placé sous le signe des correspondances et de la poésie
que nous invitent l’Orchestre de l’Opéra et la soprano Christine Schäfer,
dirigés par le compositeur et chef d’orchestre Oliver Knussen. Poésie sans paroles
des Six Pièces pour orchestre op. 6 de Webern, œuvre de musique certes « pure »,
mais extraordinairement expressive, qui explore, au moyen de textures sonores vibratiles,
un temps discontinu, dilaté. Poésie véritablement lyrique des Altenberg Lieder,
œuvre charnière d’un Alban Berg encore pétri de post-romantisme,
qui laisse libre cours, dans ces chants « d’après des textes de cartes postales de Peter Altenberg »,
à son sens de la prosodie : « Ame, comme tu es plus belle, plus profonde, après les tempêtes de neige… »
Compositeur, Oliver Knussen mettait en musique, dans sa Symphonie nº2,
des vers de Sylvia Plath et de Georg Trakl. Exclusivement instrumentale,
sa brève Symphonie nº3, créée lors des Prom’s 1979 à Londres, exalte,
au sein d’une architecture solide parcourue de nombreux contrastes,
des climats volontiers tragiques, qui ne se résolvent que dans le silence.
Point d’orgue et conclusion de ce voyage : les Correspondances d’Henri Dutilleux,
partition de 2003 composée pour l’Orchestre Philharmonique de Berlin.
Derrière cet intitulé baudelairien et programmatique, le maître français a regroupé des lettres
(de Vincent van Gogh à son frère Théo et de Soljenytsine aux époux Rostropovitch)
et des poèmes (de Rilke et de Prithwindra Mukherjee) qui sont autant d’interrogations sur l’art, mais aussi sur les relations qui unissent Terre et Cosmos, innocence et transcendance.
L’art de Dutilleux est un art de la suggestion autant que de la perfection, de coloriste autant que de mélodiste. Ses textures sonores diaphanes et complexes, sa densité harmonique font de ces Correspondances une stupéfiante dramaturgie de l’indicible.