Robert Wilson Quartett

[Théâtre] Avec Quartett, Heiner Müller exauce le vœux faussement exprimé par Laclos dans sa préface aux Liaisons dangereuses :
« Je n’ai demandé, pour prix de mes soins, que la permission d’élaguer tout ce qui me paraîtrait inutile ; et j’ai tâché de ne conserver en effet que les lettres qui m’ont paru nécessaires […] J’aurais désiré aussi être autorisé à couper
quelques lettres trop longues. »
De cette « architecture du mensonge » que dresse au cœur du XVIIIe siècle le roman épistolaire de Laclos, Müller n’a gardé que les lignes de fuite les plus saillantes et les plus cruelles.

En une vingtaine de pages vénéneuses, recentrées sur Madame de Merteuil et le Vicomte de Valmont, Müller, avec lequel Robert Wilson a régulièrement travaillé de 1983 à la mort de l’auteur en 1995 – ensemble ils ont écrit Alcestis (1986) et The Forest (1988) – a tiré un dialogue dont la méchanceté et l’ironie sont sans égales. Dix-huit ans après la première version qu’il en avait donnée, où le vide de l’espace faisait écho au trop-plein de tensions des personnages, « vision à l’élégance épurée, dont les silences aiguisaient encore l’éclat du texte », Robert Wilson revient sur cette partition schizophrène où Valmont incarne également le chevalier Danceny et Merteuil, l’innocence de Madame de Tourvel.

Après la création de la pièce en 1998 dans une mise en scène de Heiner Müller, l’interprétation dansée de Anne Teresa de Keersmaeker en 2000 avec
le Tg Stan, la version de Mathias Langhoff avec François Chatôt et Murielle Mayette en 2005, c’est la quatrième fois que Quartett apparaît au programme du Festival d’Automne à Paris.
Isabelle Huppert tient le rôle de Madame de Merteuil, et Ariel Garcia Valdès – inoubliable interprète de La Rose et la hache et de Hamlet [un songe] de Georges Lavaudant – celui de Valmont.