Liza Lim The Navigator

[Musique]

Musicienne du tissage, du voile miroitant, de la tendresse du pli, Liza Lim déploie un art où, plus encore que l’énergie ou la subtilité de timbres rares, se nouent de singuliers croisements culturels. Son identité est une identité de « trait d’union », entre Chine et Australie. Les relations entre les éléments y sont moins stables, et plus ambivalentes, dans ce monde multiculturel qui est une donnée historique de cette terre des antipodes, l’une de ses mythologies. Comment dépasser les oppositions entre Soi et l’Autre, entre ce qui est familier et ce qui est étranger ? Liza Lim scrute un paysage intérieur complexe, incitant au voyage. Bien des seuils perméables nous invitent à d’autres espaces. Dans The Navigator, à l’entrelacs des deux voix aiguës de L’Aimée et du Navigateur, s’ajoutent un trio de Sirènes (une vieille femme, un fou et l’ange de l’histoire), seize instruments et l’électronique. Lignes lascives, souffles, distorsions et sons de la nature prolongent ce que représentait le théâtre de l’Antiquité grecque, auquel Liza Lim puise volontiers : Eros et Thanatos ; le Désir et la Mort comme horizons ; le jeu extatique des amants et celui de la guerre, déchaînant les forces du sang, de l’histoire et du temps ; l’annihilation et la création. Et Liza Lim de s’interroger : « Comment préserver l’espace du désir et le traverser tout à la fois ? »