Michael Marmarinos Je meurs comme un pays

[Théâtre]

[…]  « Cette année-là, aucune femme ne conçut d’enfant. » Ainsi commence Je meurs comme un pays : sur fond d’antique malédiction, pareille à celle qui frappa Thèbes dans les derniers jours du règne d’Œdipe. Dimitriadis est Grec, et comme le note son traducteur Michel Volkovitch, “il serait difficile de ne pas voir ici un reflet de la Grèce telle que Dimitriadis l’a connue, […] sous la dictature des Colonels, par exemple”. Mais la Grèce des mythes et celle de l’histoire se télescopent violemment pour faire surgir de leur collision “un pays” qui n’a plus de nom et dont le peuple est irrémédiablement entré en déliquescence. Ce texte fragmenté et jaillissant est d’une densité, d’une violence, d’une richesse de langue qui invitent à la profération. Ses quelques feuillets sont pareils aux restes d’un très ancien manuscrit à moitié consumé. Ils font songer au témoignage d’un historien (d’une historienne, peut-être) qui aurait vécu plusieurs siècles après une inconcevable catastrophe. L’œuvre est criblée de points de suspension entre parenthèses signalant des passages manquants ; du coup, ce livre tronqué semble n’avoir ni vrai commencement ni terme, et paraît avoir été relié par erreur avec une poignante lettre d’amour qui s’achève – mais la fin est manquante – en imprécation désespérée. Depuis sa publication, Je meurs comme un pays, hanté par des échos de la Bible et des grands tragiques, fascine les metteurs en scène. Après la version pour voix seule, conçue par Anne Dimitriadis et interprétée par Anne Alvaro à la MC93, la mise en scène monumentale de Michael Marmarinos et du Theseum Ensemble convoque trente comédiens et une centaine de figurants.