Glauber Rocha L’Âge de Glauber

[Cinéma]

1959 : Pátio (CM)
1962 : Barravento
1964 : Le Dieu noir et le Diable blond (Deus E o Diabo na Terra do Sol)
1965 : Amazonas, Amazonas 
1966 : Maranhão 66 (doc.)
1967 : Terre en transe (Terra em Transe)
1968 : 1968 (CM)
1969 : Antonio Das Mortes (O Dragão da Maldade contra o Santo Guerreiro)
1970 : Têtes coupées (Cabezas cortadas)
1971 : Le lion à sept têtes (Der leone have sept cabeças)
1972 : Cancer
1974 : História do Brasil (doc.)
1974-75 : Les armes et le peuple (As Armas e o Povo) (doc.)
1975 : Claro
1977 : Di Cavalcanti (doc.)
1979 : Ouvertures brésiliennes (Aberturas brazyleyras) (télévision)
1979 : Jorge Amado au cinéma (Jorjamado no Cinema) (doc.)
1980 : L’Âge de la Terre (A Idade da Terra)
À l’occasion de cette rétrospective, le Jeu de Paume présente un choix de jeunes cinéastes brésiliens révélés ces dernières années sur la scène internationale

Le Jeu de Paume et le Festival d’Automne proposent une rétrospective intégrale des films de Glauber Rocha, avec de nombreuses copies restaurées, issues du travail du Tempo Glauber à Rio.
Quel est l’âge de « Glauber », l’étoile filante du cinéma brésilien, qui a brûlé sa vie et quitté le monde à 42 ans, en 1981 ? Quel est l’âge de celui qui, en deux décennies intenses, s’est imposé comme le porte-parole du cinéma novo à l’époque des sixties, des seventies, des révolutions politiques et esthétiques, « tricontinentales »,  « tropicales », « anthropophages », et des nouvelles vagues du monde entier, et  comme la révélation du cinéma brésilien qui, sans lui, et après lui, a toujours eu du mal à s’internationaliser ? Quel est l’âge de Glauber ? « L’Âge de la Terre » certainement, pour reprendre le titre de son dernier film, qui fit scandale au Festival de Venise en 1980.
C’est de ce film hors du commun et rarement présenté – dont on découvrira le laboratoire vivant, les rushes et le tournage, dans le brillant documentaire Anabazys de Joël Pizzini et Paloma Rocha, vrais auteurs et vraie famille qui seront à Paris, pour parler du temps de l’archive (le Tempo Glauber), du travail fait à Rio pour sauvegarder, restaurer et comprendre l’œuvre monumentale du cinéaste, critique, écrivain, dessinateur –, c’est de cet Âge de la Terre (Idade da Terra) qu’il faut repartir.
C’est ce film scandaleux et difficile, ce chant sur la mort de Pasolini, ce décompte apocryphe de tous les Christs possibles du Tiers-Monde qu’il faut comprendre pour reprendre aujourd’hui tout Glauber.
Reprendre depuis Pátio, le court-métrage expérimental et esthétisant du commencement, lui aussi restauré, et Barravento, le premier long-métrage, film marxiste sur les pêcheurs, qui lui fait commencer sa carrière comme Visconti a débuté la sienne avec La Terra trema.
La Terre « tremble » et « flambe » aussi chez Glauber. Dans « Dieu et diable sur la terre du soleil » – titre original de Le Dieu noir et le Diable blond –, la terre tremble sous les coups du destin qui accable les paysans du sertão. Dans Terre en transe, elle s’hystérise sous l’effet narcotique de l’affect du pouvoir politique ; dans les documentaires sur l’Amazonie et le Maranhão ; sur le sol africain, dans Le lion à sept têtes – et au titre en cinq langues : Der leone have sept cabeças –, elle est remuée par le bruit et la fureur du colonialisme, par l’humour, par un Jean-Pierre Léaud halluciné.
Sont présentés également les films plus rares Cancer et Têtes coupées, les documentaires sur Jorge Amado l’écrivain et Di Cavalcanti le peintre, et la monumentale et inachevée Histoire du Brésil.
Enfin on peut revoir Claro, film conçu avec la lumineuse Juliet Berto, improvisant avec Glauber, dans les années où ils vécurent ensemble, et à Rome, ensoleillée comme le Brésil. Ensoleillée et bruyante comme la voix forte et terriblement revendicative de Glauber, comme le cinéma, toujours novo quel que soit son âge, de Glauber Rocha.