Lucia Calamaro L’Origine del mondo

[Théâtre]

Lucia Calamaro ne situe pas L’Origine du monde au même endroit que Courbet. Elle n’est pas un lieu, mais un faisceau de relations ; pas une image, mais un cri projeté à l’infini : celui de la souffrance d’être au monde. Daria est entre deux âges et entre deux femmes : sa mère et sa fille, laquelle est doublée d’une psychanalyste finalement aussi possessive que les deux autres.
Daria est dépressive. En trois séquences, chacune inscrite sous l’égide oppressante d’une fonction domestique et de ses appareils de maintien de l’ordre, frigo ou machine à laver, elle se cogne aux murs d’une réalité qui la renvoie sans cesse vers le centre, vers elle-même. Le nœud du problème est dans le nid. En femme de haute culture, et d’humour implacable, Daria peut tendre les bras vers ses grands référents littéraires ou picturaux, faire appel de leurs sentences bibliques –nous sommes en Italie – ou analytiques, elle reste prisonnière des fonctions de fille (de sa mère), et de mère (de sa fille). Lesquelles ne manquent aucune occasion de la rappeler aux bonnes manières. L’autorité du lien qu’elles incarnent l’empêche de s’extraire de la succession. Alors Daria vide son sac, au réel et au figuré, un sac sans fond d’où elle extrait des paroles sans fin, balançant sans cesse entre humour et désespoir, cherchant vaille que vaille, cigarette au bec et le pas trainant, une voie personnelle entre le handicap d’être, en un seul mot, femme-fille-mère, et ce qu’elle perçoit comme « la chose la plus terrible au monde » : la solitude.