Romeo Castellucci Orestie
(une comédie organique ?)

[Théâtre]

Il y a exactement vingt ans, une compagnie italienne d’engagement artistique aussi dur que son nom était doux, la Socìetas Raffaello Sanzio, obtenait sa première reconnaissance internationale avec Orestie (une comédie organique ?), une adaptation de L’Orestie. La trilogie d’Eschyle était passée au crible d’une lecture « philologique » et traduite en images et en sons d’une puissance et d’une profusion inédites. Un trisomique tenait le rôle d’Agamemnon « parce qu’il était un monarque, hors de toute discussion » ; Clytemnestre était une femme énorme « parce qu’elle pesait sur le drame », tout comme Cassandre d’ailleurs.
Quant à Oreste et Pylade, maigres à l’excès, ils erraient comme deux bâtons dressés, deux signes enfarinés au sens littéral, houspillés par un coryphée à oreilles de lapin dirigeant un chœur explosif. Dans le ciel noir d’un siècle en guerre contre lui-même, la marche du temps était moulinée par la Roue de bicyclette, de Duchamp ; les crimes éclairés par la lampe de Guernica, de Picasso ; et, comme pour en finir avec la peinture contemporaine, des singes tirés d’un bestiaire à la Bacon devenaient les Erinyes, à côté de mécaniques retorses et de harnachements SM.
C’est cette version historique que Romeo Castellucci a décidé de reconstituer. Une novation totale pour le metteur en scène italien qui, dans ses marches forcées d’œuvre en œuvre, n’avait guère pris le temps de se retourner sur ses pas, avant de s’interroger : « Comment les spectateurs d’aujourd’hui vont-ils recevoir des images émises il y a vingt ans ? »