Claude Régy Rêve et Folie de Georg Trakl

[Théâtre]

Rêve et Folie, ultime spectacle de Claude Régy, compagnon de route du Festival d’Automne depuis 1978, revient sur la scène de Nanterre-Amandiers deux ans après sa création. L’occasion de (re)découvrir à travers la langue de Georg Trakl toute la recherche menée par le metteur en scène dans les contrées ultimes du langage.

« Qui peut-il avoir été ». Rilke pose la question. Personne à ce jour n’a su répondre. Drogué, alcoolique, incestueux, traversé par la folie, obsédé d’autodestruction, imprégné de christianisme – père protestant, mère catholique – né en 1887 à Salzbourg, il s’engage – en rupture d’études – comme pharmacien militaire en 1910.
Il a 23 ans.
Quatre ans plus tard se déclare en Europe la guerre de 14-18.
Le jeune pharmacien-soldat se retrouve sur le front de Grodek, dépassé par le nombre des blessés ou la gravité des blessures, cris des hommes et des chevaux ensemble, éventrés, amputés, blessés à la tête.
Le poète-pharmacien réservait-il à son usage personnel certaines drogues destinées aux blessés.
Il meurt d’overdose de cocaïne.
Mort volontaire ou accidentelle, nul ne le sait.
Mort qui survient, dans un hôpital militaire près de Grodek, en novembre 1914.
Bataille de Grodek : « toutes les routes débouchent dans la pourriture noire ». Son dernier poème : Grodek.
Mort à 27 ans.
Premières publications dans des revues à 21 ans. En six ans d’écriture, Trakl crée une œuvre.
Trakl et Rimbaud, même précocité du génie.
Laconique et intense, Trakl utilise la force de rapprochements inconciliables.
Soucieux des rythmes et des sons, attentif au silence, il ouvre en nous des espaces intérieurs : on entre dans un mode de perception au-delà de la pure intelligibilité.
Il s’agit bien, chez Trakl, d’une organisation magique du langage.
Il nous atteint au centre essentiel de notre être et de nos contradictions.
Claude Régy

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Durée : 55 min.