Lena Herzog Last Whispers
Oratorio for Vanishing Voices
Collapsing Universes & a Falling Tree

[Film / Musique]

Notre diversité linguistique s’érode. La dynamique de transmission s’étiole au profit des langues dominantes. Chaque semaine, une langue disparaît de la surface du monde. Les scientifiques en recensent 7 000 aujourd’hui, la moitié d’entre elles auront disparu d’ici la fin du siècle. Lena Herzog s’empare de cette thématique : Last Whispers est un « oratorio immersif » composé pour une installation audiovisuelle de haute technicité.

Comment une collectivité humaine survit-elle à la perte de cet outil de communication qui est aussi outil de connaissance de soi ? Comment accepter la fin de cette part de soi-même, dont chacun hérite et qui, dans l’épaisseur des âges civilisationnels, a donné sens au monde que nous sommes venus habiter ? Parce qu’il est trop tard sans doute, l’ONU et l’Unesco ont fait de 2019 l’Année internationale des langues autochtones. L’extinction est massive, son seul signe est le silence lui-même. Cette catastrophe hante l’art de Lena Herzog.
Last Whispers, ce sont les derniers murmures de ces langues que la démesure humaine emporte avec elle. Lena Herzog nous les fait écouter : le wanano des peuples indigènes du Brésil et de la Colombie, l’ayoreo des dernières tribus réfugiées dans les forêts du Paraguay, le bathari d’Oman, le tosu, langue tibéto-birmane du Sichuan. De sa plongée dans les archives du programme consacré aux langues menacées (ELDP) à l’École pour les études orientales et africaines (SOAS, Université de Londres), elle a extrait ces documents d’archives qu’elle a travaillés comme le témoignage brut d’une humanité encore riche de sa diversité. Elle a ainsi transmué ces langues en une fascinante séquence acoustique. Les images tournées en noir et blanc dialoguent avec les archives scientifiques et le son 8.1 ou binaural nous plongent au plus profond de ces ontologies qui ont donné sens à l’aventure humaine. L’inquiétude visionnaire de Lena Herzog tient à ceci : éprouver l’imminence de cette fin de monde pour l’éviter.
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Le dispositif sonore et visuel fait l’objet d’une adaptation permettant d’organiser des séances avec écoute individuelle au casque en son binaural, au Théâtre de la Ville – Espace Cardin, à la Maison de la musique de Nanterre et dans certains établissements scolaires à Paris et en Île-de-France.
Les séances de deux heures environ proposent une courte introduction, la projection de Last Whispers puis une discussion entre public et médiateur.
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Durée : 45 min.