Bruno Geslin Je porte malheur aux femmes…

[Théâtre] De Joë Bousquet, (1897-1950), ami de Paulhan, de Gide, d’Eluard, d’Aragon, de Bellmer et de Max Ernst, on sait généralement trop peu de choses.
La trajectoire singulière de cet auteur « nocturne » condamné à l’immobilité par une blessure reçue au Front en 1918 à la moelle épinière qui le condamnera toute sa vie aux territoires intérieurs y est sans doute pour quelque chose.
Bruno Geslin aime à fréquenter ces singularités faites hommes.
Mes jambes si vous saviez, quelle fumée
présenté en 2004, avait ainsi apporté sur Pierre Molinier, autre « patient surréaliste », un regard d’une troublante et empathique proximité.
Je porte malheur aux femmes, mais je ne porte pas bonheur aux chiens, s’inspire de l’œuvre de Joë Bousquet, qui de 21 ans à sa mort occupera, à Carcassonne, la « chambre aux volets clos » où il entreprendra par l’écriture de « naturaliser sa blessure ».
Adepte de l’opium et de la cocaïne, moitié pour soulager ses souffrances et moitié pour l’extase, il consignera à la nuit tombée ses fantasmes et obsessions sur un petit cahier noir avant de mourir, le 28 septembre 1950. D’un chagrin d’amour.
Bien des années après cette première mort où sa blessure l’a rejeté, Bousquet aura fait l’expérience d’un amour bouleversant.
« Que peut être l’amour pour un homme voué à une complète solitude ? Quel rôle est appelé à tenir dans un destin foudroyé, un sentiment impossible ? Cette suite de notes est un entrelacs de voix, de songes dont on ne découvre le sens que si l’on réussit à ne pas le chercher. Comme dans un labyrinthe où ce qui est difficile ce n’est pas d’en sortir mais d’y entrer (…). Joë Bousquet nous conduit, non comme un guide qui a les yeux ouverts dans la nuit, mais comme un homme perdu lui-même, qui marche les yeux fermés dans la peur de son cauchemar »
(Maurice Blanchot in Joë Bousquet, Fata Morgana, 1987)