Rodolphe Dana Le Pays Lointain

[Théâtre] Durée : 2h30
Le Pays lointain
« est le récit de l’échec, le récit de ce qu’on voulut être et qu’on ne fut pas, le récit de ce qu’on vit nous échapper (…). On reparle, on imagine ce que sera sa vie, on croit la voir devant soi, et peu à peu, la vivant, on se retourne lentement sur soi-même, on observe le chemin parcouru, l’éloignement lent et certain qui nous mena là où nous sommes, aujourd’hui, du pays lointain d’où nous sommes partis ».
Dans ce dernier texte écrit en 1995, l’année de sa mort, Jean-Luc Lagarce raconte l’histoire sans histoire d’un homme dans la France de ces vingt dernières années, les rencontres, la famille, les amis, les amours rencontrées et vécues, le travail et les aventures.
« Lagarce, comme Proust et comme Tchekhov, est un écrivain qui se sait condamné. D’où son attachement à la vie et son absolue nécessité de nous en restituer l’essence. Avant qu’il ne soit trop tard. Cette nécessité imprègne l’écriture de Lagarce, celle de dire, de parler, de toucher, de blesser, de tuer, d’émouvoir et d’aimer.
C’est avant tout cet aspect-là qui m’a touché, peut-être même plus que la beauté de sa langue, son élégante pudeur, sa subtile précision et sa vraie dignité. Et son humour, sans lequel on ne pourrait continuer à lire, à vivre. »
À l’arrière du plateau imaginé par Rodolphe Dana, des images rayées, tournées en super 8, déroulent leurs couleurs saturées pour tenter de rappeler à soi un temps recherché et perdu.
Tous peuvent entendre cette lancinante et nostalgique petite musique du projecteur, ceux qui sont restés comme ceux qui sont partis. Il suffit de se laisser aller à l’écouter pour que s’estompe cette fragile frontière.

Après Oncle Vania, créé à La Ferme du Buisson en 2004, Le Pays lointain est le deuxième spectacle de la compagnie des Possédés. Sa démarche repose sur une complicité de troupe et une « communion avec le public ». Le travail du jeune metteur en scène Rodolphe Dana trouble les codes théâtraux par son approche cinématographique du jeu d’acteurs,
porté par la personnalité des interprètes plus encore que par la notion de personnages. Plongé dans Le Pays lointain, ce jeu délicat et ténu, empreint de légèreté et d’humour, fait surgir autant que sa noirceur, toute sa vitalité.