Luciano Berio / Morton Feldman Bewegung / Violin and Orchestra

[Musique]

Loin des systèmes et des méthodes qui, avec une précision d’automate, choisissent au nom des sons, Morton Feldman, dans Violin and Orchestra, son ultime « concerto », atteint l’essence même de l’écoute, patiente, attentive, et se concentre sur l’écart infime et la répétition nuancée de brefs moments asymétriques. Son art, merveilleux, tient à un sens du timing, du moment exact de l’introduction d’un élément, ni avant ni après, et de sa lente durée. Là, les formes se juxtaposent plus qu’elles ne dialoguent. Suivant l’exemple de son maître, Edgard Varèse, Feldman déploie une stase, une majesté immobile, qu’une tension souterraine anime, à l’image des peintures de l’ami Mark Rothko, où « c’est gelé et en même temps, ça vibre ». L’œuvre, alors, sera comme une toile lumineuse de sons et de temps. Analogiquement, une lenteur intrinsèque caractérise Bewegung. Chaque point, également éloigné du centre, se révèle à un auditeur qui y circule, mais comme immobile. Fasciné par les limites de la perception et la capacité d’une écoute globale, presque intuitive, Luciano Berio, dans une partition transparente, et à la nuance toute piano, s’attache à la résonance, à l’aura d’accords déployés, et épèle, en arpèges et motifs, de magistraux processus harmoniques.