Young Jean Lee THE SHIPMENT

[Théâtre]

Figure de la scène expérimentale new-yorkaise, Young Jean Lee, d’origine coréenne, aime prendre le contrepied du politiquement correct. Après Songs Of The Dragons Flying To Heaven, satire de la communauté coréenne aux États-Unis, elle poursuit sa réflexion sur l'identité avec THE SHIPMENT, traitant cette fois de la communauté noire, sans se départir de son humour grinçant.
L'équipée, c'est celle de Omar, jeune noir dont nous suivons les errances – de la rue à la prison, puis au star-system Rap – la drogue, les femmes, l'ennui. Descendants contemporains d'un conte philosophique de Voltaire passé à la moulinette, Omar et ses amis sont des stéréotypes vivants, que les acteurs endossent « comme des habits de poupées en papier mal ajustés, à peine retenus par deux épingles ». La stratégie de Young Jean Lee consiste à attaquer le racisme ordinaire à la base, en récupérant ces clichés pour les pousser à la limite de l'étrangeté.
Mais cette pièce est aussi une équipée à travers les genres, les représentations qui interrogent et divisent la société américaine. Les comédiens commencent par revisiter les minstrel shows, ces divertissements populaires du XIXe siècle – suite de sketchs, de danses, de chansons interprétés par des blancs grimés en noirs. Jouant sur une ligne toujours instable, échangeant les rôles, détraquant la langue, ils nous renvoient à nos propres questions, et font danser les certitudes.