Compagnie de KOE Outrage au public

[Théâtre]

« La réalité, telle que la crée l’homme, est fabuleuse, mensongère et transitoire, mais elle n’en est pas moins vraie », constate De KOE dans son manifeste. De fait, pour l’énergique collectif anversois, l’homme est avant tout un animal qui joue. Et qui ment. Proche de tg STAN, amis et collaborateurs complices avec qui il partage une façon conviviale d’inclure la salle dans la fiction, De KOE propose depuis 1989 de révéler toute la vérité sur le mensonge. Qu’elle se base sur un film (My Dinner with André à partir du film de Louis Malle), sur un essai (Du serment de l’écrivain du roi et de Diderot s’inspire du Paradoxe du comédien de Diderot) – deux pièces coproduites avec tg STAN –, ou sur un grand classique du théâtre (Qui a peur de Virginia Woolf ?, la comédie apocalyptique de Edward Albee), chacune de ses créations démantèle les rouages du jeu social et examine les frontières entre réalité et mensonge.
« Ces planches ne sont pas un monde », écrivait Peter Handke, « elles appartiennent au monde (…) Ce n’est pas un autre monde que le vôtre ». Au vu de la similarité des préoccupations, nul ne s’étonnera de voir le collectif De KOE adapter le brûlot culte avec lequel le dramaturge allemand avait défrayé la chronique dans les années 1960.
Sa pièce Outrage au public est un saccage nihiliste et vertigineux des masques sociaux. « Le mensonge est-il, par définition, “non vrai” ? », s’interrogent les comédiens à partir de l’oeuvre d’Handke. On admettra avec eux – qui savent si bien faire semblant de faire semblant – que le mensonge est même la condition sine qua non du fonctionnement social. Et que le théâtre est ce lieu où l’on apprend à ne pas en souffrir.