Daniel Veronese Les enfants se sont endormis

[Théâtre]

Après Les Trois Soeurs (ou Un hombre que se ahoga / Un homme qui se noie) en 2005 et Oncle Vania (ou Espía a una mujer que se mata / Espionne une femme qui se tue) en 2006, c’est à La Mouette que l’Argentin Daniel Veronese consacre le troisième volet de ses variations sur Tchekhov : Les enfants se sont endormis. Aussi énigmatique que les précédents, ce titre laisse planer une inquiétude. Surtout le pire. Car de ce sommeil, certains ne se réveilleront peut-être pas.
Dans un décor unique, Daniel Veronese réunit dix comédiens virtuoses, fidèles pour la plupart à ses mises en scène dans le circuit des théâtres indépendants de Buenos Aires. Il construit une version « chorale » de La Mouette où tout le monde court après quelqu’un d’autre, qui court après quelqu’un d’autre, et ainsi de suite. « C’est en cela que les Argentins ressemblent aux Russes… Nous voulons tous quelque chose que nous n’avons pas », dit Veronese. Les péripéties, les rendez-vous amoureux ratés s’enchaînent comme dans un feuilleton télévisé. Mais aucun écran ne vient s’interposer, ici, entre le public et les acteurs.
Bien au contraire, chez Veronese, tout tend à l’identification. Il modernise Tchekhov, l’adapte au rythme de l’époque contemporaine, il condense le temps de la représentation, rassemble les personnages dans un seul espace pour mieux révéler leurs solitudes. Leurs allées et venues prennent alors l’allure d’une véritable déflagration, dont nul ne sortira indemne.