Christoph Marthaler Foi, Amour, Espérance

[Théâtre]

Faute d’avoir pu obtenir l’aide sociale qu’elle sollicitait, Elisabeth va s’enfoncer peu à peu dans la spirale de la misère. Ses tentatives pour enrayer l’engrenage infernal sont l’une après l’autre vouées à l’échec, tout comme sa brève liaison avec un agent de police qui l’abandonne dès qu’il apprend qu’elle a, du fait de ces mêmes tentatives, séjourné en prison.
Parce qu’elle « n’a rien à bouffer », ne reste plus à la jeune femme qu’à se donner la mort...
Cette chronique de la misère ordinaire vous semble éminemment contemporaine ? Foi, Amour, Espérance a pourtant près de 80 ans. Ödön von Horváth (1901-1938) composa cette « petite danse de mort » en 1933, au plus fort de la crise économique, aidé par son ami, le chroniqueur judiciaire Lukas Kristl, qui lui disait ne pas comprendre « pourquoi les auteurs dramatiques ne s’intéressent jamais aux petits délits que, pourtant, nous rencontrons des milliers de fois et sous des milliers de formes ». Avec Foi, Amour, Espérance, le dramaturge disait ainsi vouloir s’élever « contre l’application bureaucratique et irresponsable des articles mineurs de la loi ». De deux ans postérieure à ses fameuses Légendes de la forêt viennoise, qui avaient triomphé à Berlin, la pièce ne put toutefois être créée dans la capitale allemande, suite aux pressions des autorités nazies – elle ne le sera qu’en 1936 à Vienne, où Ödön von Horváth s’était entre-temps réfugié… Habitué du Festival d’Automne à Paris (où il présente également cette année Meine faire Dame), le metteur en scène Christoph Marthaler est aussi un familier de l’écrivain austro-hongrois, auquel il revient pour la quatrième fois. On ne s’étonnera pas que cette pièce figure parmi ses préférées, si l’on se souvient de l’amour dont sa vision des Légendes de la forêt viennoise, présentées en 2007, témoignait pour les déclassés – de toutes les époques et de tous les pays.