Robert Wilson Les Nègres

[Théâtre]

« Pour moi, tout théâtre est d’abord de la danse », confiait Robert Wilson, en mars, au début des répétitions des Nègres de Jean Genet aux Ateliers Berthier. Une pièce qui l’avait beaucoup impressionné lorsque, encore étudiant à New York, il l’avait découverte, mais à laquelle il ne s’était encore jamais attaqué jusqu’à aujourd’hui. De la danse, donc. Le mouvement, et l’espace. Tout commence par là chez Robert Wilson : avant les répétitions, avant d’y faire résonner un texte, il s’agit d’abord pour lui d’inventer et d’animer un espace. Il commence toujours par élaborer l’architecture dans laquelle ses comédiens vont évoluer, architecture dont la lumière – dans toutes ses textures, ses couleurs, ses mouvements – est un élément primordial. L’intuition de départ peut jaillir de partout : pour Les Nègres, c’est l’image d’une maison dogon qui lui a inspiré ces courbes et ces volumes quasi abstraits. Ensuite vient la musique – en l’occurrence, celle du saxophoniste Dickie Landry, que Robert Wilson avait déjà sollicité en 2010, avec Ornette Coleman, pour accompagner 1433. The Grand Voyage. Une fois seulement délimité ce cadre, il devient possible d’y faire vibrer le texte – et de le faire résonner chez le spectateur. Texte riche et périlleux que celui de ces Nègres, cette « clownerie » écrite en 1948 par un Genet presque quadragénaire et de plus en plus en colère, de plus en plus engagé (douze ans avant son engagement dans le mouvement des Black Panthers aux États-Unis). C’est une pièce gigogne, qui évolue en permanence sur le fil séparant le rituel et le virtuel, l’artifice et le réel. Mais le théâtre de Robert Wilson n’est-il pas un théâtre de funambule ?