Wen Hui Red

[Danse]

En partant d’une pièce canonique de l’esthétique communiste chinoise, Le Bataillon rouge des femmes, la chorégraphe Wen Hui confronte points de vue et témoignages, dressant un panorama critique de la Révolution culturelle où le corps vaut à la fois comme trace, document, présence et geste vivant.
Le travail du Living Dance Studio pourrait se résumer à une opération : faire de la scène un territoire mémoriel complexe où manipuler en live les zones troubles de l’Histoire chinoise. Une entreprise de reconstruction, à l’écart du poids de l’histoire officielle, visant à faire parler les sujets marqués dans leur chair et leur conscience. Dans chaque pièce de Wen Hui, comme Memory ou Report on Body, c’est à partir du corps considéré comme archive vivante et sensible que peut avoir lieu le lent travail documentaire, tissant entre eux des matériaux, des vidéos, des témoignages. Pour Red, le point de départ est un ballet, Le Bataillon rouge des femmes, modèle de l’esthétique socialiste portée par la Révolution culturelle – mélange de techniques occidentales et de danses traditionnelles chinoises. Sur scène, deux générations de danseuses cherchent à évaluer cet objet ambigu : véhicule idéologique devenu symbole figé d’un passé glorifié – mais dont le message féministe perdure aujourd’hui. Au fil des photos, des poses, celles qui ont vécu cette période et celles qui n’en connaissent qu’un écho lointain confrontent leurs points de vue : présences muettes ou actives, elles écoutent, racontent, dansent. À travers cette « anatomie d’un ballet », c’est toute la vision d’une société qui afflue : la place des femmes, le rapport entre ville et campagne, le statut des gestes, des souvenirs et des individus face à l’Histoire.