Wolfgang Rihm / Luciano Berio / Morton Feldman / Jean Barraqué Sequenza VIII / For Aaron Copland...

[Musique]

Des points et des lignes, quelques phrases, autant de gestes et un aplat. Carolin Widmann, dans ce récital pour violon, renoue avec l’essence de son instrument, séculaire et monodique. Dans le bref For Aaron Copland, Morton Feldman pose des sons épars, sans la moindre intention de polyphonie, sinon celle des strates de notre écoute et de notre mémoire, et invoque une autre virtuosité. Non l’ostentation du démiurge (dont Paganini offrit l’exemple le plus saisissant), mais ce que résume l’une de ses formules socratiques : « Connais ton instrument. Connais-toi toi-même. » À l’inverse, Luciano Berio, dans la fameuse Sequenza VIII, reconduit les principes de la Chaconne de Bach et suscite, par des gestes chargés d’histoire, par la maîtrise des techniques instrumentales et par une polarité sur deux notes, une polyphonie tantôt illusoire, tantôt bien réelle. Un an avant d’entreprendre la Sonate pour piano, alors que l’abandonne la foi et qu’il adopte les lois de la série et une conduite sacerdotale nouant esthétique et éthique, Jean Barraqué compose une Sonate pour violon seul, récemment redécouverte et dont Carolin Widmann donnera la création. La phrase musicale s’y brise, mais conserve encore le souvenir d’une respiration classique, quand chez Wolfgang Rihm, dans Über die Linie, l’idée de ligne convoque la limite, la frontière, l’horizon qui circonscrit et restreint des concepts voisins, et traduit le constant renouvellement, biologique, de la forme à partir de sa propre substance.