Gwenaël Morin Antiteatre

[Théâtre]

L’antiteatre théorisé et mis en pratique par R.W. Fassbinder à la fin des années 1960 procède au démontage méthodique de tous les repères politiques, psychologiques ou moraux. Plongé dans le climat explosif de l’Allemagne d’aprèsguerre, Fassbinder écrit, pense, filme, joue. Absorbant les chocs et les contradictions,
il tend à la RFA du « miracle économique » le miroir déformant de sa brutalité. Comment réactiver quelque chose de cette urgence et de ce corps à corps avec son époque – redonner à ces textes leur « charge » ?
Dans une société libérale privée d’utopie, quels spectres continuent d’agir sur les représentations, les rapports sociaux et intimes ?
À travers quatre pièces, qui balaient tout l’éventail des problèmatiques traitées par Fassbinder, Gwenaël Morin revisite cette matière tumultueuse qui s’apparente pour lui à une « archéologie de la violence ». Chacun de ces textes raconte des utopies qui tournent mal : des histoires de dépendance, de désir et de mort, où rire et désespoir, mécanismes d’aliénation et d’émancipation sont intimement liés – où victimes et bourreaux ne cessent d’échanger leurs rôles.
Après l’entreprise duThéâtre permanent, menée pendant un an aux Laboratoires d’Aubervilliers – où sa compagnie jouait, répétait et transmettait en continu –, Gwenaël Morin revendique avec Antiteatre la même logique de traversée intensive d’une oeuvre : laisser la langue parcourir les corps comme un courant électrique, et proposer un « précipité » théâtral épuré, produit dans l’urgence, sans décor ni costumes.
Qu’il aborde des auteurs classiques ou contemporains, comme il l’a fait ces dernières années au Théâtre de la Bastille, c’est toujours à la recherche du potentiel perturbateur « où le spectateur puisse investir sa propre imagination ».