Gérard Pesson / Annette Messager / Pierre Alferi / Fanny de Chaillé La Double Coquette

[Musique]

Avec La Double Coquette, dans les marges de l’ouvrage d’un autre, Gérard Pesson a introduit trente-deux « additions ». Ajouts, inserts, apartés, codas, nouvelles instrumentations ou harmonisations, subtiles modifications de texte complètent l’œuvre originale d’Antoine Dauvergne, La Coquette trompée, non sans ambiguïtés dans les transitions. La forme est ainsi à l’image du personnage principal, Florise, contrainte de se travestir pour reconquérir son amant, séduit par la coquette Clarice. Le déguisement opère, dans une carte du tendre où les genres vacillent.
En 1753, au Théâtre de Fontainebleau, la Cour avait assisté à la création de cette Coquette trompée, comédie à ariettes sur un livret de Charles-Simon Favart. L’œuvre connut le succès « le plus général et le plus marqué », selon la critique d’alors. On redécouvre aujourd’hui la modernité d’Antoine Dauvergne (1713-1797), pionnier de l’opéra-comique et acclimatant en France, par la forme, la sensibilité expressive et le traitement orchestral, le style galant européen, qui, en réaction à l’esprit des Lumières, fut un trait d’union entre la période baroque et la période classique.
Pour La Double Coquette, Pierre Alferi, dont Gérard Pesson avait déjà mis en musique des textes dans Sur-le-Champ, a écrit des apartés, confiés aux trois personnages, commentant et rendant explicites les situations érotiques qu’ils traversent. Son livret, déplaçant celui de Favart, jusqu’à une substitution conclusive, est riche de didascalies musicales, qui ont guidé la composition de l’œuvre. Il en résulte une comédie légère et une partition vive. Et dans une telle connivence esthétique, c’est Annette Messager, avec qui Gérard Pesson avait réalisé Rubato ma glissando, qui en imagine les costumes.
« Les parodies d’opéra étaient une pratique courante au XVIIIe siècle et l’opéra comique français vient ni plus ni moins de l’art de la foire. Ces œuvres déduites, où l’ironie se mêlait à l’admiration, disaient beaucoup des originaux ; elles en étaient une sorte de baromètre. C’est ce que nous avons fait ici avec Pierre Alferi : écho, écart, détournement, zig-zag, volte-face, coutures souvent imperceptibles, les maîtres-mots étant l’ambiguité et la surprise » (G. P.).