Karlheinz Stockhausen Dienstag aus Licht

[Musique]

Interprètes, acteurs, mimes, chœur, orchestre et bandes magnétiques célèbrent, avec Karlheinz Stockhausen, le Dienstag aus Licht (Mardi de Lumière). Cette journée du vaste et fascinant cycle Licht – le Festival d’Automne participe à l’exécution intégrale sur plusieurs années avec l’Ensemble Le Balcon de Maxime Pascal et la Philharmonie de Paris – est placée sous le signe de la terre, de la pierre et de la roche, du fer et du chrome, du rouge, du rubis et du grenat.

Licht, auquel Stockhausen œuvra de 1977 à 2003, est un immense rituel fait de sons, de prières, de gestes, de couleurs, de planètes et de pierres précieuses, pour chacun des jours de la semaine. En un Salut, invoquant la paix et la liberté en Dieu, deux actes et un Adieu, la journée du Mardi, la plus courte, met en scène le conflit spirituel, puis physique, de deux principes : Michaël, l’archange guerrier qui terrassa le dragon et dont Mithra, Hermès, Thor, saint Georges ou Siegfried sont des déclinaisons ; et Lucifer, le chantre du multiple, l’esprit qui nie et se refuse à concilier les contraires. Au cours du premier acte, à l’origine confié à un ensemble de gagaku, la musique de cour du Japon impérial, et qui retentit désormais à l’orchestre occidental moderne, Lucifer tente de suspendre l’écoulement du temps en une somptueuse symphonie de millénaires, de siècles, de décennies et d’années.
Quant à l’acte second, en onze scènes, le Festival d’Automne en avait commandé, en 1987, pour le bicentenaire de la Révolution française deux ans plus tard, la première section, Invasion. Mais l’ensemble pressenti y renonça. Il aura donc fallu attendre l’édition 2020, trente-trois ans plus tard, pour l’écouter enfin. En ce second acte, Ève, la troisième des forces de Licht, n’est plus que Pietà, pleurant sur le trompettiste Michaël, blessé à mort. Dans une guerre que le musicien situait à l’échelle cosmique se loge sa propre biographie : des bombes et de leurs aveugles explosions, des défenses anti-aériennes et des canons à lumière, Stockhausen, orphelin en 1945, avait connu la terrestre et tragique réalité.