Pascal Dusapin Opéra - Penthesilea

[Musique]

Avec cette variation contemporaine sur la Penthésilée de Kleist, Pascal Dusapin poursuit son exploration des mythes grecs et livre un fascinant drame lyrique. La passion sensuelle et bestiale de la reine des Amazones pour le héros Achille, menant au meurtre et à la dévoration, s’exprime par la plasticité des techniques vocales mais aussi par une texture orchestrale sombre et obsessionnelle.

C’est en 2015, à la Monnaie de Bruxelles, que Pascal Dusapin, fidèle à sa fascination pour les mythes grecs, créait sa Penthésilée. Fruit d’une collaboration avec la dramaturge allemande Beate Haeckl, le livret se présente comme une « réécriture-variation » de l’une des plus complexes et violentes pièces d’Heinrich von Kleist, Penthesilea (1808), qui avait déjà inspiré un poème symphonique à Hugo Wolf. Tragédie de l’amour, mais aussi de la pulsion et de la bestialité, l’histoire de Penthésilée, reine des Amazones, et du héros Achille est hissée par Kleist vers des sommets horrifiques puisque la reine, après l’avoir tué d’une flèche, dévore son amant. Dans son drame lyrique en un prologue, onze scènes et un épilogue, Pascal Dusapin tisse pour cet argument paroxystique, qui n’exclut pas des échappées de tendresse, une toile orchestrale fascinante et obsessionnelle. Ce sont de sombres nappes sonores, striées de saillies rythmiques et laissant émerger les couleurs solistes (cymbalum, flûte alto, trompette bouchée), qui viennent soutenir une expressivité vocale à la fois sauvage et sensuelle, où la pureté du chant le dispute au parlé et au cri.