Gaëlle Bourges LAURA

[Danse]

Qui étaient les deux modèles féminins de l’un des plus célèbres tableaux de Manet, Olympia ? Dans sa nouvelle création, Gaëlle Bourges sonde la mise en scène non seulement de la figure centrale blanche, mais également de la femme noire qui lui tend des fleurs, dont on ne connaît que le prénom : Laure.

Gaëlle Bourges arpente depuis longtemps l’imaginaire artistique qui nourrit nos représentations. Avec ­LAURA, elle propose de relire un tableau surtout analysé sous l’angle de la nudité de son héroïne blanche : l’Olympia de Manet. Derrière Olympia, une autre figure a été presque entièrement ignorée. De Laure, la femme noire aux bras chargés de fleurs, on sait seulement qu’elle vivait 11 rue de Vintimille, dans le nord de Paris. En imbriquant leurs deux prénoms, LAURA suggère la transformation de Laure en Olympia. Sans donner à voir le tableau, Gaëlle Bourges et les quatre performeuses s’attellent à le décliner et à rendre visible son épaisseur sociale et symbolique. D’autres œuvres sont convoquées, des tableaux qui ont inspiré Manet à l’Olympia II d’Aimé Mpane, qui inverse les deux rôles féminins. Après Le bain, spectacle inspiré de deux scènes de baignade de la peinture occidentale du XVIe siècle, Gaëlle Bourges continue de déplacer les regards posés sur l’histoire de l’art – en rendant leur place aux femmes qui l’ont façonnée.